Affichage des articles dont le libellé est Lexique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lexique. Afficher tous les articles

jeudi 9 mai 2019

Au commencement et à la fin

Tant que la grenouille ne fit qu’être grenouille, son langage ne se développa pas considérablement, mais aussitôt que les sexes commencèrent à s’annoncer, des sensations étranges, impérieuses, obligèrent l’animal à crier à l’aide et au secours, car il ne pouvait se satisfaire lui-même, ni amortir les feux qui le consumaient. La raison en est que la grenouille n’a pas le bras long et tient son cou engoncé dans les épaules. Or, ce développement des sexes et le changement de la grenouille en mammifère amphibie, apte à se reproduire par l’accouplement sexuel, dura de l’âge de quarante à cent vingt ans pour chaque individu. Cet archiancêtre devait vivre en moyenne, comme la bête apocalyptique, de douze à treize siècles. Qu’on ne croie pas que cet animal manquât d’intelligence ; il était adroit, prudent et rusé, le langage très développé et au plus haut point obsédé de désirs vénériens et charnels qu’il satisfaisait par tous les moyens en son pouvoir, desquels le lèchement et le sucement réciproques des sexes était le plus innocent.
En effet, les grenouilles s’entre-aidant n’avaient pas encore la possibilité de se servir des doigts ; elles ne pouvaient employer que les lèvres, la gueule et la langue. Ces actes n’étaient pas plus blessants à la vue que ne l’est celui de la vache nettoyant son veau ou de la sainte mère allaitant son enfant ; mais, avec le temps, ils devinrent repoussants et les mêmes cris qui avaient été innocents, créèrent des esprits ou des mots de révolte et de dégoût. De plus le bras devint long et celui qui avait le bras long pouvait se satisfaire lui-même ; le cou se développa ainsi que l’épine dorsale qui devint très flexible, et l’ancêtre porta la gueule sur sa propre nudité. Tout cela se passait au bord des mares, des marais, des étangs et des rivières, en très nombreuse compagnie et au milieu d’un tapage et vacarme démoniaques dont les cris d’une bande de chats en rut peut donner une légère idée. C’est alors que les étoiles du matin poussaient ensemble des cris de joie et que tous les enfants de Dieu chantaient en triomphe. (Job 38-7.)
Ce sont donc les plus vives passions amoureuses qui ont délié la langue des ancêtres : ils étaient là, les yeux fixés réciproquement sur leur apparence sexuelle, et c’est dans cette vision béatifique, s’appelant et se stimulant, que leur esprit, le nôtre aujourd’hui, s’est formé ; car l’esprit est né de la chair et pour cela la chair a dû être torturée par tous les feux de l’amour le plus furieux.
On voit clairement par cette explication ce que va devenir l’analyse de la parole, car toutes les syllabes et presque tous les mots ont pris là leur naissance.

Jean-Pierre Brisset le mystère de dieu est accompli, 1890



Tomi Ungerer le Kamasutra des grenouilles

mardi 31 octobre 2017

L'invention du cunnilingus

Le joli vocable que ce cunnilingus et ses origines latines. Mais le terme ne vient pas d'aussi loin. Il a été réinventé à la fin du XIXème siècle par de nouveaux scientifiques : les sexologues. Une nouvelle discipline invente toujours un nouveau vocabulaire.

Les dictionnaires anglo- saxon ne s'y trompe pas.
1885-90; < New Latin, Latin: one who licks the vulva, equivalent to cunni- (combining form of cunnus vulva) + -lingus (derivative of lingere to lick)
 Online Etymology Dictionary, © 2010 Douglas Harper 

Ces nouveaux scientifiques vont classer toutes les pratiques sexuelles dans un but 
à la fois clinique et criminologique. Cette nouvelle discipline trouve sa légitimité dans le développement des aires urbaines et de l'industrie qui nécessite un nouveau modèle de contrôle de la sexualité.

Citons Richard Freiherr von Krafft-Ebing  Psychiatre austro Hongrois (1840-1902) qui en 1886, publie  Psychopathia sexualis
Le cunnilingus de même que le fellare (penem in os mulieris arrigere) n'ont pas présenté jusqu'ici des symptômes psycho-pathologiques. Ces horreurs sexuelles ne semblent se rencontrer que chez les débauchés qui, rassasiés des jouissances sexuelles naturelles, ont vu en même temps s'affaiblir leur puissance. La pædicatio mulierum ne paraît pas être de nature psychopathique, mais une pratique d'époux d'un niveau moral très bas qui ont peur de faire des enfants, ou, on dehors du mariage, de cyniques rassasiés de jouissances sexuelles.
J'aime bien ce pædicatio mulierum littéralement sodomie de la femme mariée. 

Henry Havelock Ellis (1859-1939) médecin et psychologue britannique.Il publie en 1898 le 1er des 8 volumes des Études de psychologie sexuelle. Marié à Edith Lees.
Je n'ai pas l'intention de discuter ici ni le cunnilingus (application de la bouche au pudendum femelle), ni la fellation (application de la bouche à l'organe mâle). L'intermédiaire dans le premier cas est un homme, en cas de rapports normaux hétérosexuels ; dans le second cas, c'est une femme. Ce ne sont pas simples phénomènes tactiles, mais ils impliquent plusieurs autres éléments physiques et psychiques.
Le cunnilingus était une manifestation très familière aux temps classiques, ce qui ressort des allusions fréquentes et le plus souvent méprisantes d'Aristophane, Juvénal, et plusieurs autres auteurs grecs et romains.
Les Grecs regardaient cette pratique comme d'origine phénicienne, de même qu'on la regarde maintenant à faux, comme d'origine française. Cette pratique a tendance à dominer surtout en des périodes de civilisation élevée.
Le cunnilingus aussi bien que la fellation ont peu d'importance psychologique, sauf lorsqu'ils sont pratiqués à l'exclusion des rapports sexuels normaux. Dans ce dernier cas, ils deviennent des perversions, et, comme tels, ils ont tendance à s'associer à plusieurs conditions de dégénérescence bien que ces associations ne soient pas nécessaires.
Le caractère essentiellement normal du cunnilingus et de la fellation, lorsqu'ils surviennent comme des incidents dans le processus de tumescence, est démontré par le fait que nombre
L'occurrence du cunnilingus comme un épisode sexuel de tumescence chez les races humaines primitives trouve une illustration frappante dans certaine pratique des indigènes des îles Carolines
C'est ainsi que l'homme place un morceau de poisson entre les lèvres, tout en stimulant celles-ci de sa langue et de ses dents, jusqu'au moment où la femme urine sous l'empire de l'excitation sexuelle.

On considère que c'est l'indication du moment propice pour avoir des rapports.
Une telle pratique repose avant tout sur des faits physiologiques, quelle que puisse être l'opinion qu'on s'en forme d'un point de vue esthétique
Nous avons dans les lèvres une région frontière, entre peau et membrane muqueuse, qui est très sensible et ressemble sous bien des rapports à l'orifice vulvo-vaginal.
L'importance du baiser est renforcée encore par les mouvements actifs de la langue, qui est encore plus sensible que les lèvres.
Nulle part on n'a reconnu cela comme en France, où les lèvres d'une jeune fille sont religieusement réservées à son amant, à un tel point que parfois des jeunes filles se figurent que le côté physique tout entier de l'amour ne consiste que dans un baiser sur la bouche. 

Ellis intègrera ultérieurement dans le tome 6 les  Confession sexuelle d’un Russe du Sud dont vous retrouverez des extraits sur ce blog (entrée Ellis)



illustration : Édouard-Henri Avril (1849-1928)

mercredi 3 mai 2017

Papalame créole

Jules sauta du bateau, puis, se retournant vivement, offrit la main à une grosse pièce de femme qui se tenait, souriante, sur le bord du yacht, prête à s’élancer, lorsque le bateau se choquant contre le quai recula de deux à trois mètres. Mais déjà son pied a quitté le tribord du yacht et, pâle, poussant un cri étouffé, Laurence, c’était son nom, la robe en crinoline, tomba d’aplomb dans la mer.

L’eau rejaillit de tous côtés, laissant entendre un bruit sourd. au fond, Laurence s’agitait et, étendue sur les flancs, elle laissait entrevoir une quiouquioute couverte de poils noirs qui attirait tous les regards. elle fut sauvée… 

Sur les planches disjointes du quai on la roula pour lui faire rendre à la mer ce qu’elle lui avait pris dans son bain involontaire. à maintes reprises le même spectacle s’offrit au public et chacun ne manquait pas de pousser un cri d’admiration et d’envie. Philippe, dès qu’il avait aperçu la compagne de Jules, avait passé par-dessus la barricade qui sépare le quai girard, au risque d’être repoussé par les agents, et était venu tout près du bateau serrer la main à son ami. insensible aux craintes que pouvait susciter en Jules le danger de sa maîtresse, Philippe, frappant des mains, la face rayonnante de joie, lui dit :
– Tiens, mon vieux, fichtre que ta femme a une jolie patate, c’est vraiment une patate lombrage.
–Tonnerre de dieu ! répondit Jules, tu vois que cette femme se meurt, et au lieu d’aller prévenir un médecin, tu es là à me dire des saletés.
– Eh ! tu es un manicou ; veux-tu que je te guérisse cette garce-là ? Je n’ai qu’à lui foutre un bon papalame et sur le coup elle se redressera.


quiouquioute ou coucoune = sexe féminin
Patate = sexe féminin
Patate lombrage = sexe féminin très velu
Papalame = cunnilingus
Manicou = opposum martiniquais

Nuit d’orgie publié vers 1892, où la langue créole apporte gourmandise et gaieté. Signé Effe Géache ou F.G.H., les conjectures, sur l’homme qui se cache derrière ces initiales, furent nombreuses, mais, comme l’explique Raphaël Confiant dans sa préface, aucune n’est satisfaisante. Nuit d’orgie est le récit des turpitudes hautement polissonnes de quatre compères de Saint-Pierre en Martinique, gaillards qui « mêlent toujours le stupre à la rigolade la plus franche ». arléa


Voici un livre érotique unique et savoureux. Certainement d'origine martiniquaise, sans qu'on ait jamais pu percer l'anonymat de son auteur, il met en scène de manière véridique les us et coutumes amoureux de Saint-Pierre de la Martinique avant l'éruption de 1902 qui transforma profondément le mode de vie de la ville créole. Dans un français souvent naïf entremêlé d'expressions locales (la traduction est donnée en bas de page), défilent dîners galants, tromperies, aventures brèves, méli-mélos endiablés de quiouquioutes ou de patates (sexes féminins) et de cals ou de fers (sexes masculins), trempes (coïts) frénétiques, ou l'on coque (fornique) jusqu'à plus soif, câlinages de languettes (clitoris) et de graines (testicules), papalames (cunnilingues) nonchalants sous les grosses fleurs rouges de balisiers, qui étaient le pain quotidien créole avant l'éruption. Un régal nostalgique. monlibraire

Raphaël Confiant  qui évoque l'ouvrage et l'enfer de la bibliothèque Schoelcher dans La jarre d'or.


Illustration : Pepa Úbeda


jeudi 20 avril 2017

Native tongue

Il existe des gens qui se croyant plus intelligent que la moyenne reprennent les gens qui disent cunnilingus. C'est regrettable car c'est ne pas vouloir utiliser le seul mot commun à toutes les langues.


Le premier touriste auquel j'aie jamais eu affaire était un énorme hippie qui trimbalait toutes ses possessions dans un Caddie. Ne portant qu'un short raide de crasse et des sandales de cuir, il se baladait partout, manœuvrant son chariot parmi les graviers et les hautes herbes comme si, telle la plus heureuse de ménagères, il faisait ses courses dans un supermarché. 
Quand il vit que je le regardais, il s'avança vers moi, m'examina au travers de la haie épineuse de ses cheveux, puis écarta les bras pour englober les quartiers des officiers, les anciens baraquements, les écuries en haute de la colline et les montagnes au loin.
"Génial, dit-il lentement, détachant chaque syllabe. C'est absolument génial."
Il demeura ainsi vacillant un peu, puis il se tourna vers moi. 

- Can you say something, you know, in your native tongue? *
- Cunnilingus, I said
He squinted at me for a moment. Wild, he said


* - Tu peux me dire quelque chose dans ta langue maternelle?
- Cunnilingus, dis-je.
Il me considéra un instant. Génial, dit-il.



Le Destin miraculeux d'Edgar Mint - Brady Udall

The miracle life of Edgar Mint, 2001


 Illustration : Paul de Reus

lundi 13 mars 2017

arrêtopoioi : faiseurs de choses qu’on ne peut pas nommer

" Doing things that cannot be named". Fellatio and cunnilingus in Ancient Greece d'Edoarda Barra.

Dans les sources grecques la fellation et le cunnilingus sont désignées par le même verbe arrêtopoeîn, littéralement « faire des choses que l’on ne peut pas nommer ».
Les Grecs, explique-t-il, utilisaient souvent, pour désigner les pratiques sexuelles, des périphrases ou bien des verbes dérivant du nom des habitants de certaines villes auxquels on attribuait des pratiques « obscènes ». Le verbe lesbiazein en particulier, « faire à la manière des Lesbiens », désigne la pratique de la fellation.

Edoarda Barra illustre magnifiquement la fellation à travers l'histoire de la description par Chrysippe du tableau de Samos  ou d'argos dans lequel Héra faisait une chose indicible (arjrJhtopoiou`sa) à Zeus (dans lequel Héra mouillait son visage au sexe de Zeus). Revue Clio

Quant au cunnilingus il n’est pas dépourvu de vertu, ne serait-ce que dans le monde des rêves, puisque, selon Artémidore dans la clef des songes (iie siècle de notre ère), rêver de cette pratique sied bien aux orateurs, aux sophistes aux trompettistes et à tous « ceux qui gagnent leur vie par les moyens de la  bouche ». Le cunnilingus permet à Artémidore d'inventer la contextualisation de l'interprétation des rêves.


L'auteur nous aide à comprendre le passage des cavaliers, où Aristophane fait d'Ariphradès l'inventeur du cunnilingus :

Mais si Arignotos est connu de quiconque sait distinguer le blanc (du noir), il a un frère qui pour les modes ne lui ressemble en rien, Ariphradès, un dépravé, qui de plus veut l’être. Et il n’est pas seulement dépravé – je ne l’aurais pas remarqué – et dépravé foncièrement, mais il y ajoute un vice de son invention : dans les bordels, il souille sa langue pour des plaisirs honteux, en léchant la rosée crachée, en salissant sa moustache, en mêlant les orifices, en composant des Polumnêsteia en compagnie d’Oionichos.

En taxant les « poètes nouveaux » de « débauchés », les auteurs de comédies n’ont fait que détourner le topos du poète qui reçoit la rosée de la Muse sur ses lèvres. Car si l’on retrouve le terme drosos, « rosée », comme métaphore pour désigner l’humeur léchée par Ariphradès, la rosée, hersê, est aussi, dans la Théogonie d’Hésiode, versée par les Muses sur les lèvres des rois pour les inspirer.

Pour faire rire son public, Aristophane n’a fait que remplacer le miel ou la rosée des abeilles et des Muses par la cyprine.

Edoarda Barra est également l'auteur de Âmes, souffles et humeurs d'Homère à Hippocrate Thèse de doctorat en Histoire et civilisations soutenue en 2002 à l'EHESS Paris. Dans laquelle elle étudie la continuité entre matière cérébrale et matière séminale, entre logos et sperme, car le logos, comme la semence, relève du souffle.

J'espère qu'elle ne m'en voudra pas de se retrouver sur ce blog.

Edoarda Barra, « « Faire des choses que l’on ne peut pas nommer ». Fellation et cunnilingus en Grèce ancienne », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 31 | 2010, mis en ligne le 28 mai 2010, consulté le 13 mars 2017. URL : http://clio.revues.org/9584 ; DOI : 10.4000/clio.9584  

Clio. Femmes, Genre, Histoire,  revue française semestrielle, ouvre ses colonnes à celles et ceux qui mènent des recherches en histoire des femmes et du genre (toutes sociétés et toutes périodes). 

mercredi 9 mars 2016

L'assalive ou comment il gridote la trilite


Explorateur du graphisme comme du langage, Michaux surprend toujours par le rythme pur de ses phrases. Un petit recueil, qui fut publié en 1997, avait permis de réunir quelques textes inédits ou publiés dans des revues, mais non repris en volume : A Distance (textes réunis par Micheline Phankim et Anne-Elisabeth Halpern, Mercure de France, 135 pages, 10,67 €). On y retrouve sous le titre « Rencontre dans la forêt » un poème érotique que je tiens (sous ma seule responsabilité) comme l’un des plus beaux de la langue française. Publié dans la revue « Transition » en 1935, puis en plaquette sans nom d’éditeur en 1952, il semble bien un pastiche du « Grand combat » que Michaux publia en 1927. Sa forme même, sans doute, le fit échapper à la censure soucieuse des « bonnes mœurs ». (Thierry Savatier)




D'abord il l'épie à travers les branches.
De loin, il la humine, en saligorons, en nalais.
Elle : une blonde rêveuse un peu vatte.

Ça le soursouille, ça le salave,
Ça le prend partout, en bas, en haute, en han, en hahan.
Il pâtemine. Il n'en peut plus.
Donc, il s'approche en subcul,
L'arrape et, par violence et par terreur la renverse
sur les feuilles sales et froides de la forêt silencieuse.
Il la déjupe ; puis à l'aise il la troulache,
la ziliche, la bourbouse et l'arronvesse,
(lui gridote sa trilite, la dilèche).
Ivre d'immonde, fou de son corps doux,
il l'envanule et la majalecte.
Ahanant éperdu à gouille et à gnouille
- gonilles et vogonilles -
il ranoule et l'embonchonne,
l'assalive, la bouzète, l'embrumanne et la goliphatte.
Enfin ! triomphant, il l'engangre !
Immense cuve d'un instant !
Forêt, femme, ciel animal des grands fonds !
Il bourbiote béatement.
Elle se redresse hagarde. Sale rêve et pis qu'un rêve !
Mais plus de peur, voyons, il est parti maintenant le vagabond
et léger comme une plume, Madame. 


Henri Michaux
Rencontre dans la forêt


Illustration Jean-Pierre Ceytaire



lundi 25 janvier 2016

La langue de Voltaire


Voltaire : « nous ne pouvons penser comme l’auteur de cette Mécanique quand il dit :
« En Occident, l’idée malhonnête est attachée à l’union des sexes ; en Orient, elle est attachée à l’usage du vin ; ailleurs, elle pourrait l’être à l’usage du fer ou du feu. Chez les musulmans, à qui le vin est défendu par la loi, le mot cherab, qui signifie en général sirop, sorbet, liqueur, mais plus particulièrement le vin, et les autres mots relatifs à celui-là, sont regardés par les gens fort religieux comme des termes obscènes, ou du moins trop libres pour être dans la bouche d’une personne de bonnes mœurs. Le préjugé sur l’obscénité du discours a pris tant d’empire qu’il ne cesse pas, même dans le cas où l’action à laquelle on a attaché l’idée est honnête et légitime, permise et prescrite ; de sorte qu’il est toujours malhonnête de dire ce qu’il est très-souvent honnête de faire.
À dire vrai, la décence s’est ici contentée d’un fort petit sacrifice. Il doit toujours paraître singulier que l’obscénité soit dans les mots, et ne soit pas dans les idées, etc. »

Voltaire répond : Jamais dans aucune langue l’obscénité n’a été attachée qu’à certains plaisirs qu’on ne s’est presque jamais permis devant témoins, parce qu’on ne les goûte que par des organes qu’il faut cacher. On ne cache point sa bouche. C’est un péché chez les musulmans de jouer aux dés, de ne point coucher avec sa femme le vendredi, de boire du vin, de manger pendant le ramadan avant le coucher du soleil ; mais ce n’est point une chose obscène.

Si dans les premiers temps d’une nation simple, dure et grossière, on se sert des seuls termes qu’on connaisse pour exprimer l’acte de la génération, comme l’auteur l’a très-bien observé chez les demi-sauvages juifs, d’autres peuples emploient les mots obscènes quand ils sont devenus plus raffinés et plus polis. Osée ne se sert que du terme qui répond au fodere des Latins ; mais Auguste hasarde effrontément les mots futuere, mentula, dans son infâme épigramme contre Fulvie. Horace prodigue le futuo, le mentula, le cunnus. On inventa même les expressions honteuses de crissare, fellare, irrumare, cevere, cunnilinguis. On les trouve trop souvent dans Catulle et dans Martial. Elles représentent des turpitudes à peine connues parmi nous : aussi n’avons-nous point de termes pour les rendre.
Le mot de gabaoutar, inventé à Venise au XVI siècle, exprimait une infamie inconnue aux autres nations.
Il n’y a point de langue qui puisse traduire certaines épigrammes de Martial, si chères aux empereurs Adrien et Lucius Verus.

Voltaire article Langues  du Dictionnaire philosophique 1764

Post Scriptum : l'auteur de la mécanique de la Langue est Charles de Brosses avec qui Voltaire avait une querelle financière. Il n'existe rien de plus tenace que la rancune de Voltaire.

samedi 1 février 2014

Descendons à la cave

Le caviste est en français du Gabon un adepte du cunnilingus. Cette petite info d'Afrik.com me permet d'alimenter ma rubrique Planète cunnilingus. Jean Ditougou, enseignant-chercheur au département de littératures africaines de l’université de Libreville, a consacré un ouvrage à ce « français carrefour » mélange d’expressions gabonaises et de mots détournés de leur sens habituel.
  
J'y apprend également que je suis un cabinateur de part ma fréquentation active du cabinet ... des curiosités, bien sur. Et que le passé glorieux se rapporte, lui, au postérieur des femmes, véritable lieu de gloire tourné vers le passé.

Descendre à la cave consiste en argot français à pratiquer le cunnilingus. On peut aussi descendre au barbu (de moins en moins avec toutes ces monts de vénus épilés), descendre au lac ou descendre au panier.A moins que vous glottiner, gougnotter ou gouiner pour celles qui préfère la lettre G.

Est-ce que l'on peut descendre à la parfonde (si profonde) ou à la fraîche (si fraîche)?

Mieux vaux ne pas confondre avec la cavée(l'église) ou la cave (cellule du commissariat) et ne pas finir décavé (tout perdre au jeu).


On peut s'y faire chasser dicave si on est un rat des caves (commis des contributions indirectes ou inspecteur chargé des archives), un cave (personne honnête pour un homme du milieu), un cavillon (petit cave) ou un poucave (informateur).

Mais ce n'est pas mon cas et je vais pouvoir rincer la profonde (vider la cave) et boire la cyprine l'eau bénite de cave à boire pure sans marier la cave et le puit (mettre de l'eau dans son vin)

Car il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise. (Baudelaire bien sur)

Moi j'ai choisi ma cave ou devrais-je dire la votre.

Illustration : Frans de Geetere

samedi 28 décembre 2013

Mousse tâche intime

Comme nous l'avons souligné dans un précédent billet André de Nerciat est l'un des grands inventeurs du cunnilingus. Je vous donne à lire ce dialogue de La Matinée libertine de 1787.

CÉCILE - Ce sont vos poils, madame, qui me chatouillent le nez... Et puis, dans ce moment, il m’est venu la plus drôle d’idée... (Elle reprend la besogne.)
LA COMTESSE - Eh! pense à ce que tu fais. (Cécile rit de nouveau de toute sa force.) Encore !
CÉCILE, riant - Avouez donc, madame, que tandis que je vous fais cela, je dois avoir l’air d’un grenadier avec ces épaisses moustaches ? Car, en vérité, quand j’ai le museau collé là-dessus, ces crocs épais et frisés sont autant à moi qu’à vous.
LA COMTESSE - L’extravagante ! Elle me ferait rire aussi, si je n’avais pas à faire mieux. Encore un peu de complaisance, bijou ?
CÉCILE - Je m’y remets bien vite, et quoi qu’il arrive, je ne ris plus.
LA COMTESSE, après un moment de silence - Là... là... Cécile, mon amie, tu es la déesse du bonheur. - (Elle donne à la bouche de Cécile des preuves humides de plaisir).


edelmann_p

On retrouve ce bon goût dans Les Aphrodites, fragments thali-priapiques pour servir à l’histoire du plaisir en 1793.
D'une langue « amoureuse », Belamour « aiguillonne le brûlant bijou » de Célestine , tout comme Limecoeur, qui « assez peu présomptueux d’ailleurs pour ne pas abuser si vite du droit de triompher, se précipite et, collant sa bouche sur l’adorable sillon, lui donne en maître cette magnétique friction que bien des dames préfèrent aux plus solides services ».

edelman_p

Et dans Le Diable au corps (1803, posthume)

l'extrême excitation du Tréfoncіer à la vue des fesses de la blonde Nicole : « Leur pose est telle […] que le Prélat, au-delà du point de vue immédiat de l’épaisse toison de la brune, dont il se fait une moustache, a de nouveau celui du frais, du blanc, du rond, de l'archi-désirable postérieur de la blonde »  

Les illustrations sont attribuées un peu arbitrairement à Charles Auguste Edelmann. Vous retrouverez un billet sur les illustrateur et la voiture ici.