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vendredi 3 novembre 2017

Les baisers de Maupassant

En 1891, Guy de Maupassant répond à une jeune correspondante (Mlle L. Bogdanoff) trop empressée et certainement trop imbue d’elle-même : Je tiens ma vie tellement secrète que personne ne la connaît. Je suis un désabusé, un solitaire et un sauvage. Personne ne sait rien de moi. Je passe à Paris pour une énigme (…)
Dans une lettre à une inconnue Aix-les-Bains, 1890, Guy de Maupassant enrage contre cette vilaine chronique secrète de l'Art, qui fait s'intéresser au lit de l'artiste plus qu'à sa plume. J'ignore  la pudeur physique de la façon la plus absolue, mais j'ai une excessive pudeur de sentiment, une telle pudeur qu'un soupçon deviné chez quelqu'un m'exaspère. Or si je devais jamais avoir assez de notoriété pour qu'une postérité curieuse s'intéressât au secret de ma vie, la pensée de l'ombre où je tiens mon cœur éclairée par des publications, des révélations, des citations, des explications me donnerait une inexprimable angoisse et une irrésistible colère. L'idée qu'on parlerait d'Elle et de Moi, que des hommes la jugeraient, que des femmes commenteraient, que des journalistes discuteraient, qu'on contesterait, qu'on analyserait mes émotions, qu'on déculotterait ma respectueuse tendresse (pardonnez cet affreux mot qui me semble juste) me jetterait dans une fureur violente et dans une tristesse profonde.
En 1889, Guy vient de publier Fort comme la mort. L’histoire d’un amour confrontée au temps.
Elle et Moi. De qui peut-il s’agir ? De Gisèle d’Estoc ? Sa fiche wikipédia la fait naître le 27 mars 1845. Elle avait donc 35 ans en 1880, l'année de leur rencontre, elle serait donc plus âgé que Guy. Cela ne colle pas avec l’histoire de l’androgyne déguisé en collégien. L’autre Gisèle est né en 1863 et à 17 ans en 1880. Je préfère celle-ci mais à chacun de choisir sa Gisèle.
En 1880, Guy a 29 ans, sa dernière nouvelle, Boule de suif le sort de l’anonymat. Il peut renoncer à son emploi de bureau et débuter sa carrière littéraire.
Il est facile de retracer leur quelques mois de libertinage de l'année 1881  en parcourant les lettres de Guy. Quand il baise les mains c’est avant d’avoir conclu et quand la relation se termine. Dans l’intervalle les baisers vont vers une partie plus intime.
La relation libertine de ces 2 amants n’aura durée que quelques mois (de janvier à juillet 1881)
Première lettre (fin 1880 ou janvier 1881): S'il est vrai que vous soyez une femme curieuse et non un simple farceur de mes amis qui s'amuse à mes dépens. Permettez-moi de vous baiser les mains ; c'est un vieil usage que j'adore et qui ne vous compromettra point puisque je ne vous connais pas
Deuxième lettre : Je baise le bout de vos doigts.
Troisième lettre : voulez-vous permettre que je baise chastement vos mains qui ne sont point roses, mais qui sont parfois nerveuses ?
Troisième lettre : Je baise vos mains humblement.
Quatrième lettre (janvier 1881): Permettez-moi de baiser vos deux mains, mais dégantées.
[Vous aurez compris qu’il y a eu rencontre. Mais chaste ce qui surprend chez l’homme connu pour son passé de baiseur acharné, le taureau normand.]
Comme quoi j'ai passé trois heures en tête à tête avec une femme charmante, et comme quoi l'ordre le plus régulier, le plus honnête n'a cessé de régner dans l'appartement et dans tous les objets qu'il contenait.
Cinquième lettre : Mille baisers... partout.
[Vous l’avez compris, il a conclu.]
Je suis plus... faune que jamais !
Sixième lettre : Je vous baise les mains et... le reste,
Septième lettre : Mille caresses sur... toutes tes lèvres.
Huitième lettre : A bientôt, ma chère amie, je vous baise les mains et les deux fleurs de vos adorables nichons.
Neuvième lettre : Je vous baise les pieds... et les lèvres... et je m'arrête longtemps entre les deux extrêmes.
Neuvième lettre : Mille caresses.
Dixième lettre : Mille baisers.
Onzième lettre : Mille baisers. La moitié dans le département Bourget (tête), l'autre moitié dans le département Maupassant (c...).
Douzième lettre : Mille caresses en attendant vendredi.
Treizième lettre : Mille baisers partout.
Quatorzième lettre du 24 avril 1881 : Mille caresses partout, partout...
Quinzième lettre  Mille baisers partout, aux extrémités, sur les pointes et dans les creux.
Seizième lettre  (juillet 1881 départ en Algérie) Tous mes baisers partout.
Dix-septième lettre  Alger, Mille baisers ma belle amie.


Dix-huitième lettre  Oasis de Bou-Saada, 25 août 1881 Adieu ma belle amie, je vous embrasse dans tous les coins et cavités.


Les lettres suivantes font suite à une rupture. Le voyage en Algérie s’est ensuite poursuivie et il fort probable que la fin de l’aventure érotique soit d’avant le voyage.


Dix-Neuvième lettre, 2 janvier 1882,  Mille baisers.


Vingtième 1882 Permettez-moi encore de vous baiser les doigts.


Vingt et unième 1882 Je vous baise les mains.


Le détail de certaines lettres notamment la sixième et la dixième permettent de saisir la relation bi-sexuelle de la jeune fille et un certain goût pour le caudalisme de Guy.
sixième  :
J'ai aussi quelque chose pour vous. Un de mes amis, fort gentil garçon journaliste et romancier, du nom d'Harry Alis, est venu me voir et m'a dit ceci : « J'ai une maîtresse charmante, fort comme il faut, bien élevée, et très naïve, relativement. Elle a une envie folle de goûter d'une femme, ce qui ne lui est jamais arrivé !!! »
J'ai répondu que je pourrai « peut-être » réaliser ce désir. Cela vous va-t-il ? Si oui, vite un mot. Puis voulez-vous venir dîner vendredi ? Nous pourrions alors prendre nos dispositions !...
Dixième lettre :
Ma chère amie,
Il faut absolument que vous veniez dîner chez moi vendredi. Vous y trouverez Catulle Mendès, plus une jeune et jolie femme, son amie, ravagée par des désirs féminins... elle n'en dort plus... et n'a jamais...
Mais par Lesbos, ne soyez pas aussi (comment dirai-je)... prompte qu'avec celle de l'Opéra. Du moment que vous jouez un rôle d'homme, soyez homme, morbleu, et réservée en public !
Hel... qui ne demandait pas mieux, comme vous avez pu le voir d'abord a reculé ensuite devant votre... violence. Comment avez-vous pu être aussi entreprenante devant ces hommes qui ont raconté partout la chose, de sorte que l'amant d'Hel... prévenu a parlé morale et l'a reconquise.
Celle de vendredi est une innocente, mais une innocente toute prête à tomber - mariée - posée. Et ce désir bouillonne en elle tellement qu'à ses heures d'amour elle crie à son amant : « une femme, une femme, donne-moi une femme ! »
Voilà qui peut être adorable.
Quant à moi depuis trois semaines, je vis maritalement avec une douzaine de sangsues qui ne me quittent guère. J'ai migraine sur migraine, et je vis chaste, étant écœuré par l'amour. Mon médecin me crie : « Des femmes ! » J'aime mieux des sangsues. Je trouve décidément bien monotones les organes à plaisir, ces trous malpropres dont la véritable fonction consiste à remplir les fosses d'aisance et à suffoquer les fosses nasales. L'idée de me déshabiller pour faire ce petit mouvement ridicule me navre et me fait d'avance bâiller d'ennui. Je reste stupéfait en voyant des gens prendre des airs exaltés parce qu'ils se passent un peu de crachat, d'une bouche dans l'autre, avec la pointe de leur langue. Tout ça m'embête.
Un mot s'il vous plaît ! Mais venez vendredi. Inventez n'importe quel prétexte. Jamais, jamais, vous ne retrouverez cela !!!!
Les amours lesbiens sont l’occasion de dernières correspondances éparses.


Vingt et unième Fin 1883 : Adieu ma belle amie, je vous embrasse en toutes vos ouvertures !
P.-S. - Ne pas songer à Mlle Hel .... les mauvaises langues la dirent dangereuse en ce moment. Ces dangers sont toujours inutiles à affronter. Mais je connais ce qu'il vous faut, je ne l'ai pas vue cependant. Les renseignements sont excellents
Vingt et deuxième 1884 : Je vous baise les mains.


Vingt et troizième 1885 : Une de nos amies qui dînait hier chez moi m'a laissé comprendre qu'elle serait très heureuse si j'obtenais de vous que vous vinssiez dîner chez moi, avec elle, mercredi prochain.    Si vous voulez bien, Madame, répondre à ce désir, vous ferez un très vif plaisir à celui qui vous l'exprime et à celle qui m'a donné l'audace de vous écrire...

Les deux Gisèles :
    
Marie-Élise Courbe, dite Marie-Paule Parent-Desbarres, naquit à Nancy le 9 août 1863. Elle n'avait donc que 17 ans lorsqu'elle rencontra Maupassant. Le pseudonyme de Gisèle d'Estoc n'apparaît guère avant 1884. Elle se consacre à la littérature et aux beaux-arts, fut l'élève du sculpteur Chapu et servit de modèle à Henner pour son Bara (le jeune héros est représenté nu. Salon de 1882). On signale d'elle des médaillons, exposés au Salon de 1887. Elle a en outre publié quelques écrits, notamment Ad majorem Dei gloriam (1884) ; Les Gloires malsaines (1887), Noir sur blancRécits lorrains (1887). Ce dernier ouvrage est imprimé à Nancy sous le nom de Gyz-El. Gisèle d'Estoc mourut à Nice, vers 1906, à l'âge de 44 ans. Correspondance

Nicole cadène et Gilles Picq Mac Culloch date la naissance de Marie-Élise Courbe en 1845 c’est la source de la fiche wikipédia.

vendredi 2 juin 2017

Toute une société se ruant sur le cul

Toute une société se ruant sur le cul. Cette phrase extrait de Nana montre l'importance du sexe dans la société que décrit Zola : celle du III empire et de la moralité publique. Nana est un ferment de destruction, mais cela sans le vouloir, par son sexe seul et par sa puissante odeur de femme, détruisant tout ce qu’elle approcheLe cul dans toute sa puissance le cul sur un autel et tous les sacrifiants devant. Il faut que le livre soit le poème du cul et la moralité sera le cul faisant tout tourner.

Nana marquise des hauts trottoirs, chair de marbre, son sexe assez fort pour détruire tout ce monde et n’en être pas entamé (on retrouve ici Esther de Balzac dans Grandeur et misère des courtisanes)

L'autre grand roman sexuel de Zola c'est la curée et Renée vêtue d'un maillot couleur tendre, qui lui montait des pieds jusqu’aux seins, en lui laissant les épaules te les bras nus; et, sur ce maillot, une simple blouse de mousseline, courte et garnie de deux volants, pour cacher un peu les hanches. Dans les cheveux, une couronne de fleurs des champs; aux chevilles et des poignets des cercles d’or. Et rien autre. Elle était nue.

Mais Zola dans sa soif de dire la vérité toute la vérité quand il s'agit de l'acte sexuel doit arrêter le récit : Dans nos histoires d’amour, quand nous arrivons au dénouement final, à l’acte sexuel, nous nous arrêtons, nous ne mettons qu’un mot ; eh bien ! tout dire, continuer à décrire et à analyser la jouissance, avec mes procédés de romancier réaliste et coloriste.

On  peut penser que le texte érotique l’intéresse en tant qu'exercice de style et c'est également un défi des cercles de l'époque. Zola en fréquentait 2 : le dîner des Cinq avec Flaubert et le groupe de Médan avec Maupassant et Huysmans. Dans ces dîners masculins les blagues et défis graveleux, lubriques sont habituels.

Et l'idée de se mesurer au Gamiani (1833) attribué à Musset ne doit pas être étranger a cette envie. Selon Huyssman Musset paria qu’en évitant toute expression crue ou érotique, il écrirait le volume le plus « Cela » que l’on pourrait rêver dans ce genre. Relever ce pari devait plaire à Zola.

En 1877, Maupassant réalisera la pièce  À la Feuille de rose où furent invités, outre Flaubert et Tourgueniev, Zola, Daudet et Goncourt.

Mais comme nous le voyons avec Nana et La curée; la société toute entière est un foutoir, c'est la vérité crue de ce foutoir que Zola veut dévoiler. Peut-être  qu'Alexandrine l'en a dissuadé.

Il n'eut pas besoin d'écrire ce texte  pour que tout au long de sa carrière, Zola soit taxé de pornographie par ses détracteurs qui entendaient sous cette accusation la représentation complaisante de détails infâmes en littérature, sans que ceux-là aient trait à la seule sexualité. Ainsi la critique de Louis Ulbach à propos de Thérèse Raquin qui dénonçait la « littérature putride » contemporaine, celle d’Albert Millaud à propos de L’Assommoir qui voyait dans le roman non pas du réalisme et de la crudité, mais de la malpropreté et de la pornographie, celle signée Ambroise Macrobe dans son glossaire La Flore pornographique.

mercredi 29 octobre 2014

Le ventre de la putain

Salut, grosse Putain, dont les larges gargouilles
Ont fait éjaculer trois générations,
Et dont la vieille main tripota plus de couilles
Qu’il n’est d’étoiles d’or aux constellations !
J’aime tes gros tétons, ton gros cul, ton gros ventre,
Ton nombril au milieu, noir et creux comme un antre
Où s’emmagasina la poussière des temps,
Ta peau moite et gonflée, et qu’on dirait une outre,
Que des troupeaux de vits injectèrent de foutre
Dont la viscosité suinte à travers tes flancs !

Ça, monte sur ton lit sans te laver la cuisse ;
Je ne redoute pas le flux de ta matrice ;
Nous allons, s’il te plaît, faire soixante-neuf !
J’ai besoin de sentir, ainsi qu’on hume un œuf,
Avec l’acre saveur des anciennes urines,
Glisser en mon gosier les baves de ton con,
Tandis que ton anus énorme et rubicond
D’une vesse furtive égaye mes narines !
Je ne descendrai point aux profondeurs des puits ;
Mais je veux, étreignant ton ventre qui chantonne,
Boire ta jouissance à son double pertuis
Comme boit un ivrogne au vagin d’une tonne !
Les vins qui sont très vieux ont toujours plus de goût !
En ta bouche à chicots, pareille aux trous d’égout,
Prends mon braquemard dur et gros comme une poutre.
Promène ta gencive autour du gland nerveux !
Enfonce-moi deux doigts dans le cul si tu veux !
Surtout ne crache pas quand partira le foutre !

69 par Guy de Maupassant comme un hommage à sa vérole

J'ai la vérole ! enfin ! la vraie !! pas la méprisable chaudepisse, pas l'ecclésiastique christalline, pas les bourgeoises crêtes de coq ou les légumineux choux fleurs - non - non, la grande vérole, celle dont est mort François Ier. La vérole majestueuse et simple ; l'élégante siphilis dont l'étymologie est : Sus - Cochon - et [phileos] φίλος J'aime - ce qui veut dire indistinctement : j'aime les cochons, ou : les cochons m'aiment, ou : j'aime à la manière des cochons.

Guy de Maupassant à Robert Pinchon dit La Tôque 2 mars 1877 

Image du film Phantasme de Jean Rollin 1975

samedi 25 octobre 2014

Supplément à l'élogue du con


Sur un vit comme il faut, qu'un con a de vertu!
Peut-il bander et passer outre?
J'ignore, Dieu merci! le mal d'avoir foutu. 

Mais je connais le bien de foutre.
C'était hier, c'est aujourd'hui,
Toujours je baiserai, je foutrai pour mieux dire. 

Je suis né par le con, je périrai par lui;
C'est mon aimant que le con, il m'attire:
Ma langue (ineffable douceur!) 

D'un con frais, d'un con pur est la seconde éponge. 
Aussi je le prépare, et lorsque je m'y plonge,
Les plus heureux du monde envieraient mon bonheur. 



L'arétin français pseudo traduction des Sonetti Lussuriosi de Pierre Arétin Pietro Aretino (1492 – 1556) par Félix Nogaret (1740 - 1831) .

Ce texte de 1787 démontre que le libertinage français du XVIII est sous l'influence de l'oeuvre de l'auteur de la renaissance. 

L'arétin est devenu un genre de livre : recueil de gravures figurant des positions sexuelles. Je ne sais pas si à l'époque de youporn cela a encore une certaine notoriété.

Le XXème siècle aussi n'oubliera pas le précurseur italien du langage pornographique :

Son portrait par Maupassant qui n'oublie pas de préciser qu'il est contemporain de Rabelais (sur wikipédia on mentionne plutôt Titien)

Préface de la traduction Française par Apollinaire bien sur, qui présentera également l’éloge du con de Baffo.

 

lundi 14 octobre 2013

Un baiser de lait tiède

Le roman de Violette n'est-il pas l'un des plus pur livre érotique jamais écrit ? Violette, jeune lingère ingénue de 15 ans, pour échapper aux avances d’un patron, se réfugie un soir chez son voisin, Christian. Elle va alors découvrir les joies de l'amour.
 

Attribué à Alexandre Dumas père, fils, à Théophile Gautier ou encore à Guy de Maupassant (qui l’a dénié), il est aujourd’hui admis  que l’auteur en fut une femme, Mme Mauriac de Boissiron connue sous son titre de Comtesse de Mannoury d'Ectot. Mais là encore, nous ne sommes guère plus avancés puis qu’il s’agit sans doute d’un pseudonyme !

Dans cet extrait, Christian propose à Violette un remède pour adoucir ses petites douleurs intimes :

– Eh bien, je vais achever de te guérir. Elle vit que je prenais le pot au lait et que je le portais à ma bouche.
– Mon Dieu, que fais-tu donc ? »
Je lui fis signe de ne pas s’inquiéter, mais en même temps de regarder dans la glace.
Pendant ce temps, le lait avait tiédi dans ma bouche, j’approchai mes lèvres contre la petite cloison brisée et je poussai dans un baiser un jet de lait à plusieurs reprises à travers des corolles de ce nymphéa qu’on appelle le vagin.
Au premier jet, elle poussa un petit cri.
« Ah ! dit-elle, que fais-tu donc ? Ah ! comme c’est bon, comme c’est tiède, on dirait que cela pénètre jusqu’au cœur. Tu ne m’avais pas encore fait cela. Tu m’apprendras ainsi une foule d’excellentes choses, n’est-ce pas ? »
Je changeai d’exercice ; j’avais la bouche vide.
« Ah ! cela, dit-elle, c’est autre chose, tu me l’as déjà fait, je le reconnais. Ah ! comme c’est bien meilleur encore que l’autre jour. Oh ! ta langue, où la mets-tu donc pour me faire une pareille jouissance ? Mon Dieu !… mon Dieu !… Voilà encore que je vais mourir… Mais non, je ne veux pas me laisser aller, je lutterai… je… je… ah !… j’ai perdu… Cher bien-aimé, mes yeux se ferment, je ne vois plus rien… mon âme s’en va… je me meurs !… »

 Pour illustrer ces billets consacrés au Roman de Violette, je vous propose ces 69 féminins


HellmuthStockmann-lesbischefreudenHellmuth Stockmann

samedi 16 mars 2013

Ma source

Je n’ai point assez du Baiser
Dont se contente tout le monde
Et la source où je veux puiser
Est plus cachée et plus profonde !

De votre bouche elle est la sœur !
En pied d’une blanche colline
J’y parviendrai, dans l’épaisseur
D’un buisson frisé qui s’incline.

Elle est fermée et l’on y boit
En écartant un peu la mousse
Avec la bouche, avec le doigt
Nulle soif ne semble plus douce.

Près de l’entrée on trouvera
Ce rocher que frappait Moïse
Et je veux que ma bouche épuise
Ce flot d’amour qui jaillira !


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Car ma caresse ardente et forte
A fait monter l’onde à ses bords !
Je suis à genoux ; c’est la porte
Du sanctuaire de ton corps.

Tu palpites ; je t’y sens vivre ;
Et je sens grandir, qui m’enivre,
L’arôme secret de tes flancs !
Car j’aime tes parfums troublants

Plus que l’odeur des forêts vertes,
Plus que la rose et le jasmin,
Source vive, aux lèvres ouvertes !
Et je t’emporte dans ma main.

Senteur divine ! Et ma moustache,
Ainsi qu’un souffle d’encensoir,
Jette à mon cerveau jusqu’au soir
Ce fumet où mon cœur s’attache !


Guy de Maupassant
Nouveau Parnasse Satyrique du XIXème siècle 1881

mercredi 13 mars 2013

Bel ami et l'androgyne

Je vous ai proposé Ma source ce matin. Je vous propose les délicieuses chutes des Lettres de Guy de Maupassant à Gisèle d'Estoc en 1881 année de leur rencontre. Quand au lien entre Ma source et Gisèle une lettre parlerait de cette douce faveur que votre ardeur réclame.
Je vous baise les pieds... et les lèvres... et je m'arrête longtemps entre les deux extrêmes.1881
Mille caresses sur... toutes tes lèvres. 1881
Mille baisers. La moitié dans le département Bourget (tête), l'autre moitié dans le département Maupassant (c...). 1881
Mille baisers partout, aux extrémités, sur les pointes et dans les creux. 1881
Adieu ma belle amie, je vous embrasse dans tous les coins et cavités. 1881

Adieu ma belle amie, je vous embrasse en toutes vos ouvertures ! 1883
Gisèle d'Estoc reste un mystère. Elle avait 17 ans quand elle rencontre Guy de Maupassant. Quant au Cahier d'Amour, où Gisèle d'Estoc fait le récit de sa liaison avec l'écrivain, ce texte, publié deux fois par Pierre Borel, demeure suspect, le manuscrit original ayant disparu. Correspondance

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mardi 24 avril 2012

A la feuille de rose, maison turque

RAPHAËLE
Faites-vous bien feuille de rose ?

Madame BEAUFLANQUET
Feuille de rose ! (à part) ah oui des confitures de Turquie (haut) je n'en ai jamais mangé.
(Les femmes se mettent à rire)


FATMA
Elle ne connaît pas feuille de rose ! Qu'est-ce qu'elle fait alors ?

RAPHAËLE
Et petit salé alors ?

Madame BEAUFLANQUET
Ah ! ça oui.

RAPHAËLE
Vous connaissez la levrette ?

Madame BEAUFLANQUET
Oui.

RAPHAËLE
Le postillon - le gamin - soixante-neuf - la paresseuse - la brouette ?

Madame BEAUFLANQUET (étonnée)
Oui, je connais ces choses (à part) quelles drôles de question font les femmes de Turquie. On m'avait dit aussi que les odalisques étaient d'une ignorance.

RAPHAËLE
Elle me va cette petite femme-là. Aimez-vous à bouffer le chat ?
...

Une pièce de Guy de Maupassant

dimanche 27 mars 2011

Le baiser de la lavandière

Je pris et je baisai ses doigts ; elle trembla.
Ses mains fraîches sentaient une odeur de lavande
Et de thym, dont son linge était tout embaumé.
Sous ma bouche ses seins avaient un goût d’amande
Comme un laurier sauvage ou le lait parfumé
Qu’on boit dans la montagne aux mamelles des chèvres.
Elle se débattait ; mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,
Haletait fortement avec de longs sanglots ;
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent.
Les grenouilles, la caille, et les bruits et les voix
Se turent ; un silence énorme emplit l’espace.
Soudain, jetant aux vents sa lugubre menace,
Très loin derrière nous un chien hurla trois fois.

Au bord de l'eau

Guy de Maupassant

Ce texte est connu dans les blogs sous le nom l'affinité des chairs

Ainsi que deux forçats rivés aux mêmes fers,
Un lien nous tenait, l’affinité des chairs.

Dans les extraits publiés on intègre souvent ces vers

Par sa robe entr’ouverte, au loin, je me perdais,
Devinant les dessous et brûlé d’ardeurs folles ;

J'aime aussi dans la version intégrale sur wikisource au bord de l'eau

Comme des sons perdus m’arrivaient ses paroles.
Je ne l’entendais pas, tant je la regardais.
ou
Tout ce qui m’emplissait s’éloigna sur ses pas ;
Mon passé disparut ainsi qu’une eau tarie !
ou 
Et la nuit qui tombait me semblait une aurore !

Et enfin
Et les gens du pays, qui longtemps se souviennent,
En nous voyant passer, l’un à l’autre liés,
Diront, en se signant, et l’esprit en prière :
« Voilà le mort d’amour avec sa lavandière. »

Et comme cela n'a rien à voir mais que l'on peut aimer The do et la maroquinerie retrouvez son live sur deezer.