Toute une société se ruant sur le cul. Cette phrase extrait de Nana montre l'importance du sexe dans la société que décrit Zola : celle du III empire et de la moralité publique. Nana est un ferment de destruction, mais cela sans le vouloir,
par son sexe seul et par sa puissante odeur de femme, détruisant tout ce qu’elle approche… Le cul
dans toute sa puissance le cul sur un autel et tous les sacrifiants devant. Il faut que le livre soit le
poème du cul et la moralité sera le cul faisant tout tourner.
Nana marquise des hauts trottoirs, chair de
marbre, son sexe assez fort pour détruire tout ce monde et n’en être pas entamé (on retrouve ici Esther de Balzac dans Grandeur et misère des courtisanes)
L'autre grand roman sexuel de Zola c'est la curée et Renée vêtue d'un
maillot couleur tendre, qui lui montait des pieds jusqu’aux seins, en lui laissant les épaules te les bras nus;
et, sur ce maillot, une simple blouse de mousseline, courte et garnie de deux volants, pour cacher un peu
les hanches. Dans les cheveux, une couronne de fleurs des champs; aux chevilles et des poignets des cercles
d’or. Et rien autre. Elle était nue.
Mais Zola dans sa soif de dire la vérité toute la vérité quand il s'agit de l'acte sexuel doit arrêter le récit : Dans nos histoires d’amour, quand nous arrivons au
dénouement final, à l’acte sexuel, nous nous arrêtons, nous ne mettons
qu’un mot ; eh bien ! tout dire, continuer à décrire et à analyser la
jouissance, avec mes procédés de romancier réaliste et coloriste.
On peut penser que le texte érotique l’intéresse en tant qu'exercice de style et c'est également un défi des cercles de l'époque. Zola en fréquentait 2 : le dîner des Cinq avec Flaubert et le groupe de Médan avec Maupassant et Huysmans. Dans ces dîners masculins les blagues et défis graveleux, lubriques sont habituels.
Et l'idée de se mesurer au Gamiani (1833) attribué à Musset ne doit pas être étranger a cette envie. Selon Huyssman Musset paria qu’en évitant toute expression crue ou érotique, il écrirait le volume le plus « Cela » que l’on pourrait
rêver dans ce genre. Relever ce pari devait plaire à Zola.
En 1877, Maupassant réalisera la pièce À la Feuille de rose où furent invités, outre Flaubert et Tourgueniev, Zola, Daudet et Goncourt.
Mais comme nous le voyons avec Nana et La curée; la société toute entière est un foutoir, c'est la vérité crue de ce foutoir que Zola veut dévoiler. Peut-être qu'Alexandrine l'en a dissuadé.
Il n'eut pas besoin d'écrire ce texte pour que tout au long de sa carrière, Zola soit taxé de pornographie par ses
détracteurs qui entendaient sous cette accusation la représentation
complaisante de détails infâmes en littérature, sans que ceux-là aient
trait à la seule sexualité. Ainsi la critique de Louis
Ulbach à propos de Thérèse Raquin qui dénonçait la « littérature putride
» contemporaine, celle d’Albert Millaud à propos de L’Assommoir qui
voyait dans le roman non pas du réalisme et de la crudité, mais de la
malpropreté et de la pornographie, celle signée Ambroise Macrobe dans
son glossaire La Flore pornographique.
Affichage des articles dont le libellé est Huysmans. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Huysmans. Afficher tous les articles
vendredi 2 juin 2017
samedi 1 mars 2014
Ame sensible s'abstenir
Joris Karl Huysmans,
le fonctionnaire du ministère de l'intérieur (je déconne il est bien
plus que cela) nous offre un poème qui ne sera pas délectable pour les
palais délicat. Avec l'auteur A rebours,
1884, doit-on penser que la décadence peut être un dépassement (A
rebours fut un livre de chevet de S. Gainsbourg)? Grand critique
littéraire et d'art Jamais on a si bien, si hautement écrit sur les artistes modernes selon Claude Monet
Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans périt dans d’atroces souffrances.

Voilà donc :
Sonnet Saignant
Ainsi qu'un coeur brisé, ton cul saigne, mignonne.
Les règles, à grands flots coulent, et, affamé
D'amour et de mucus, faune enthousiasmé
Je bois ton vin sanglant et je me badigeonne
Les lèvres d'un carmin vaseux qui me goudronne
Et moustache et langue. - Ah ! dans ton poil gommé
Par les caillots fondus, j'ai mainte fois humé
Une odeur de marine, et, pourtant ça t'étonne
Que je puisse avaler ton gluten sans dégoût ?
- Mais c'est le vrai moment pour un homme de goût
De barbouiller sa bouche au suc rouge des règles
Alors que les Anglais ont débarqué joyeux :
Pour activer le flux, vite l'ergot des seigles.
Car si baiser est bien, gabahoter est mieux !
(publié dans "Le Nouveau Parnasse Satyrique du dix-neuvième siècle", Ed. Henry Kistemaeckers, Bruxelles, 1881.)
Fut-il punit de ces vers?Sonnet Saignant
Ainsi qu'un coeur brisé, ton cul saigne, mignonne.
Les règles, à grands flots coulent, et, affamé
D'amour et de mucus, faune enthousiasmé
Je bois ton vin sanglant et je me badigeonne
Les lèvres d'un carmin vaseux qui me goudronne
Et moustache et langue. - Ah ! dans ton poil gommé
Par les caillots fondus, j'ai mainte fois humé
Une odeur de marine, et, pourtant ça t'étonne
Que je puisse avaler ton gluten sans dégoût ?
- Mais c'est le vrai moment pour un homme de goût
De barbouiller sa bouche au suc rouge des règles
Alors que les Anglais ont débarqué joyeux :
Pour activer le flux, vite l'ergot des seigles.
Car si baiser est bien, gabahoter est mieux !
(publié dans "Le Nouveau Parnasse Satyrique du dix-neuvième siècle", Ed. Henry Kistemaeckers, Bruxelles, 1881.)
Atteint d’un cancer de la mâchoire, J.-K. Huysmans périt dans d’atroces souffrances.

mercredi 13 mars 2013
Les similitudes
Les tentures se soulevèrent et les étranges beautés
qui se pressaient derrière le rideau s’avancèrent vers moi, les unes à
la suite des autres.
Ce furent d’abord des tiédeurs vagues, des
vapeurs mourantes d’héliotrope et d’iris, de verveine et de réséda qui
me pénétrèrent avec ce charme si bizarrement plaintif des ciels nébuleux
d’automne, des blancheurs phosphoriques des lunes dans leur plein, et
des femmes aux figures indécises, aux contours flottants, aux cheveux
d’un blond de cendre, au teint rosé bleuâtre des hortensias, aux jupes
irisées de lueurs qui s’effacent, s’avancèrent, tout embaumées, et se
fondirent dans ces teintes dolentes des vieilles soies, dans ces relents
apaisés et comme assoupis des vieilles poudres enfermées, durant de
longues années, loin du jour, dans les tiroirs de commodes à ventre.Puis la vision s’envola et une odeur fine de bergamote et de frangipane, de moos-rose et de chypre, de maréchale et de foin qui traînait çà et là, mettant comme une de ces touches sensuelles de Fragonard, un papillotage de rose dans ce concert de fadeurs exquises, jaillit, pimpante, énamourée, cheveux poudrés de neige, yeux caressants et lutins, grands falbalas couleur d’azur et de fleur de pêcher, puis s’effaça peu à peu et s’évanouit complètement.
A la maréchale, au foin, à l’héliotrope, à l’iris, à toute cette palette de nuances lascives ou calmées, succédèrent des tons plus vifs, des couleurs enhardies, des odeurs fortes : le santal, le havane, le magnolia, les parfums des créoles et des noires.
Après les fluides légers, les glacis vaporeux, les senteurs caressantes et ensommeillées ; après les roses affaiblis et les bleus mourants, après les surjets de couleurs et les réveillons des tropiques, crièrent bêtement les rabâcheries vulgaires : lourdeur des ocres, pesanteur des gros verts, épaisseur des bruns, tristesse des gris, bleuissement noir des ardoises ; et de lourds effluves de seringat, de jacinthe, de portugal, rirent de toute leùr face béatement radieuse, de toute leur face de beautés banales aux cheveux noirs et pommadés, aux joues laquées de rouge et plâtrées de talc, aux jupes tombant sans grâce, le long de corps veules et gras. Puis vinrent des apparitions spectrales, des enfantements de cauchemars, des hantises d’hallucination, se détachant sur des fonds impétueux, sur des fonds de vert-de-gris sulfuré, nageant dans des brumes de pistache, dans des bleus de phosphore, des beautés affolées et mornes, trempant leurs appas étranges dans la sourde tristesse des violets, dans l’amertume brûlante des orangés, des femmes d’Edgar Poe et de Baudelaire, des poses tourmentées, des lèvres cruellement saignantes, des yeux battus, par d’ardentes nostalgies, agrandis par des joies surhumaines, des Gorgones, des Titanides, des femmes extra-terrestres, laissant couler de leurs jupes fastueuses des parfums innommés, des souffles d’alanguissement et de fureur qui serrent les tempes, déroutent et culbutent la raison mieux que la vapeur des chanvres, des figures du grand maître moderne, d’Eugène Delacroix.
Ces évocations d’un autre monde, ces embrasements sauvages, ces tonalités crépusculaires, ces émanations surexcitées disparurent à leur tour et un hallali de couleurs éclata, prestigieux, inouï.
Un ruissellement d’étincelles de pourpre, une fanfare de senteurs décuplées et portées à leur densité suprême, une marche triomphale, un éblouissement d’apothéose parurent dans le cadre de la porte et des filles étalant sur leurs jupes somptueuses toute la fougue, toute la magnificence, toute l’exaltation des rouges, depuis le sang carminé des laques jusqu’aux flambes du capucine, jusqu’aux splendeurs glorieuses des saturnes et des cinabres, tout le faste, tout le rutilement, tout l’éclat des jaunes, depuis les chrômes pâlis jusqu’aux gommes-guttes, aux jaunes de mars, aux ocres d’or, aux cadmium, s’avancèrent, chairs purpurines et débordées, crinières rousses et sablées de poudre d’or, lèvres voraces, yeux en braises, soufflant des haleines furieuses de patchouli et d’ambre, de musc et d’opopanax, des haleines terrifiantes, des lourdeurs de serres chaudes, des allégro, des cris, des autodafés, des fournaises de rouge et de jaune, des incendies de couleurs et de parfums.
Puis tout s’effaça, et alors les couleurs primordiales : le jaune, le rouge, le bleu, les parfums pères des odeurs composées : le muse-tonkin, la tubéreuse, l’ambre, parurent et s’unirent devant moi en un long baiser.
A mesure que les lèvres se touchaient, les tons faiblissaient, les senteurs se mouraient ; comme les phénix qui renaissent de leurs cendres, ils allaient revivre sous une autre forme, sous la forme des teintes dérivées, des parfums originaires.
Au rouge et au jaune succéda l’orange ; au jaune et au bleu, le vert ; au rose et au bleu, le violet ; les non-couleurs même, le noir et le blanc parurent à leur tour et de leurs bras enlacés tomba lourdement la couleur grise, une grosse pataude qu’un baiser rapide du bleu dégrossit et affina en une Cydalise rêveuse : la teinte de gris-perle.
Et de même que les tons se fondaient et renaissaient différents, les essences se mêlèrent, perdant leur origine propre, se transformant suivant la vivacité ou la langueur des caresses en des descendances multiples ou rares : maréchale, à base de musc, d’ambre, de tubéreuse, de cassie, de jasmin et d’orange ; frangipane extraite de la bergamote et de la vanille, du safran et des baumes de musc et d’ambre ; jockey-club issu de l’accouplement de la tubéreuse et de l’orange, de la mousseline et de l’iris, de la lavande et du miel.
Et d’autres... d’autres... nuances du lilas et du soufre, du saumon et du brun pâle, des laques et des cobalts verts, d’autres... d’autres... le bouquet, la mousseline, le nard, éclataient et fumaient à l’infini, claires, foncées, subtiles, lourdes.
..........................................
Je me réveillai — plus rien. — Seule, au pied de mon lit, Icarée, ma chatte, avait relevé son cuissot de droite et léchait avec sa langue de rose sa robe de poils roux.
Joris Karl Huysmans
Les similitudes
A Théodore Hannon
Croquis parisien 1880
dimanche 27 février 2011
C'est une Tribade (Gamiani de Musset)
Riche, jeune et belle, la comtesse Gamiani est la source de rumeur mais demeure un mystère impénétrable pour Alcide.
Je n’arrivai jamais à une conclusion satisfaisante.
Dépité,
j’allais quitter mon sujet, lorsque, derrière moi, un vieux libertin,
élevant la voix, jeta cette exclamation : Bah ! c’est une Tribade.
Ce mot fut un éclair : tout s’enchaînait, s’expliquait, il n’y avait plus de contradiction possible.
Une
Tribade ! Oh ! ce mot retentit à l’oreille, d’une manière étrange ;
puis, il élève en vous je ne sais quelles images confuses de voluptés
inouïes, lascives à l’excès. C’est la rage luxurieuse, la lubricité
forcenée, la jouissance horrible qui reste inachevée.Extrait du Gamiani d'Alfred de Musset dans lequel Alcide assistant aux ébats lesbien de la comtesse de Gamiani et de Fanny n'en peut plus et intervient dans la mêlée. Magnifique fantasme d'homme.
Ce double contact de deux corps suant le plaisir, tout brulants de luxure, me ravivait encore, redoublait mes désirs.
Le feu me touchait partout. Je demeurai ferme, victorieux au pouvoir de Fanny; puis, sans rien perdre de ma position, dans ce désordre étrange de trois corps se mêlant, se croisant, s'enchevêtrant l'un dans l'autre, je parvins à saisir fortement les cuisses de la Comtesse, à les tenir écartées au dessus de ma tête.
"Gamiani! à moi! portez-vous en avant, ferme sur vos bras!
Gamiani me comprit, et je pus à loisir poser ma langue active, dévorante sur sa partie en feu.
Fanny insensée, éperdue, caressait amoureusement la gorge palpitante qui se mouvait au dessus d'elle.
En un instant la comtesse fut vaincue, achevée.
"G. Quel feu vous allumez! C'est trop...... grâce!... oh!.... quel jeu lubrique! vous me tuez.... Dieu! j'étouffe."
Le corps de la Comtesse retomba lourdement de côté comme une masse morte.
Fanny plus exaltée encore, jette ses bras à mon cou, m'enlace, me serre, croise ses jambes sur mes reins.
"F. -- Cher ami! à moi... tout à moi. Modère un peu... arrête.... là.... ah!..... va plus vite... va donc..... oh! je sens!... je nage!.... je......"
Et nous restâmes l'un sur l'autre étendus, raides, sans mouvement; nos bouches entrouvertes, mêlées, se renvoyaient à peine nos haleines presque éteintes.
Illustration Achille Devéria
Etude sur le Gamiani de Musset par Huysmans
Inscription à :
Articles (Atom)