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lundi 13 mars 2017

arrêtopoioi : faiseurs de choses qu’on ne peut pas nommer

" Doing things that cannot be named". Fellatio and cunnilingus in Ancient Greece d'Edoarda Barra.

Dans les sources grecques la fellation et le cunnilingus sont désignées par le même verbe arrêtopoeîn, littéralement « faire des choses que l’on ne peut pas nommer ».
Les Grecs, explique-t-il, utilisaient souvent, pour désigner les pratiques sexuelles, des périphrases ou bien des verbes dérivant du nom des habitants de certaines villes auxquels on attribuait des pratiques « obscènes ». Le verbe lesbiazein en particulier, « faire à la manière des Lesbiens », désigne la pratique de la fellation.

Edoarda Barra illustre magnifiquement la fellation à travers l'histoire de la description par Chrysippe du tableau de Samos  ou d'argos dans lequel Héra faisait une chose indicible (arjrJhtopoiou`sa) à Zeus (dans lequel Héra mouillait son visage au sexe de Zeus). Revue Clio

Quant au cunnilingus il n’est pas dépourvu de vertu, ne serait-ce que dans le monde des rêves, puisque, selon Artémidore dans la clef des songes (iie siècle de notre ère), rêver de cette pratique sied bien aux orateurs, aux sophistes aux trompettistes et à tous « ceux qui gagnent leur vie par les moyens de la  bouche ». Le cunnilingus permet à Artémidore d'inventer la contextualisation de l'interprétation des rêves.


L'auteur nous aide à comprendre le passage des cavaliers, où Aristophane fait d'Ariphradès l'inventeur du cunnilingus :

Mais si Arignotos est connu de quiconque sait distinguer le blanc (du noir), il a un frère qui pour les modes ne lui ressemble en rien, Ariphradès, un dépravé, qui de plus veut l’être. Et il n’est pas seulement dépravé – je ne l’aurais pas remarqué – et dépravé foncièrement, mais il y ajoute un vice de son invention : dans les bordels, il souille sa langue pour des plaisirs honteux, en léchant la rosée crachée, en salissant sa moustache, en mêlant les orifices, en composant des Polumnêsteia en compagnie d’Oionichos.

En taxant les « poètes nouveaux » de « débauchés », les auteurs de comédies n’ont fait que détourner le topos du poète qui reçoit la rosée de la Muse sur ses lèvres. Car si l’on retrouve le terme drosos, « rosée », comme métaphore pour désigner l’humeur léchée par Ariphradès, la rosée, hersê, est aussi, dans la Théogonie d’Hésiode, versée par les Muses sur les lèvres des rois pour les inspirer.

Pour faire rire son public, Aristophane n’a fait que remplacer le miel ou la rosée des abeilles et des Muses par la cyprine.

Edoarda Barra est également l'auteur de Âmes, souffles et humeurs d'Homère à Hippocrate Thèse de doctorat en Histoire et civilisations soutenue en 2002 à l'EHESS Paris. Dans laquelle elle étudie la continuité entre matière cérébrale et matière séminale, entre logos et sperme, car le logos, comme la semence, relève du souffle.

J'espère qu'elle ne m'en voudra pas de se retrouver sur ce blog.

Edoarda Barra, « « Faire des choses que l’on ne peut pas nommer ». Fellation et cunnilingus en Grèce ancienne », Clio. Femmes, Genre, Histoire [En ligne], 31 | 2010, mis en ligne le 28 mai 2010, consulté le 13 mars 2017. URL : http://clio.revues.org/9584 ; DOI : 10.4000/clio.9584  

Clio. Femmes, Genre, Histoire,  revue française semestrielle, ouvre ses colonnes à celles et ceux qui mènent des recherches en histoire des femmes et du genre (toutes sociétés et toutes périodes). 

dimanche 28 avril 2013

Cunnilingus en Grèce antique

En Grèce les combats politiques étaient intenses et relayés dans les sphères de la philosophie et du théâtre.
Aristophane est le grand combattant du camp des anti-démocrates.
Et est-ce un hasard si c'est lui qui fait du cunnilingus le signe de l'infamie.
 
Le chœur des cavaliers :
 
Il a un frère qui, dans sa conduite n’est pas de la même famille,
Ariphradès le dépravé, et c’est même ce qu’il veut :
ce n’est pas seulement un dépravé, sinon je ne m’en serais pas aperçu,
ni un dépravé intégral. Il a inventé quelque chose de plus.
Il souille sa langue dans des plaisirs infâmes

en léchant dans les bordels la rosée dégoûtante,
en salissant sa barbe, en remuant les braises,
en faisant des choses dignes de Polymnestos et en étant collé à Oionichos.
Qui ne vomit pas devant un tel homme,
ne boira jamais avec nous à la même coupe.
 
Aristophane les cavaliers - 425 avant JC
 
 
On retrouve le personnage d'Ariphadès dans la paix :
 
TRYGÉE. Eh bien! Personne de vous ne dit qui sera le gardien ?
Viens ici, Théoria ; je te conduis et je te place au milieu d'eux.
L'ESCLAVE. En voilà un qui fait signe !
TRYGÉE. Qui donc ?
L'ESCLAVE. Qui ? Ariphradès : il demande instamment que
tu la lui conduises.
TRYGÉE. Non, mon cher, il fondra sur elle et en pompera
le suc. Allons, toi, dépose tout cet attirail par terre. Conseil,
Prytanes, vous voyez Théoria. Considérez quels biens je
vous apporte et je vous livre. Vous pouvez tout de suite lui
lever les deux jambes en l'air et consommer le sacrifice.
Voyez comme cette cuisine est belle, et c'est pour cela
qu'elle est toute noircie : avant la guerre, le Conseil avait là
ses casseroles. En la possédant, nous pourrons, dès
demain, entrer brillamment en lice, lutter par terre,
marcher à quatre pattes, la jeter sur le coté, nous tenir à
genoux, tête baissée, puis, frottés d'huile, comme au
pancration, frapper en jeune homme, fouiller et agir tout
ensemble du poing et du pénis.
 
Dans l'assemblée des femmes il ne fait que passer : Praxadora : Ariphradès, cesse de bavarder : passe et assieds-toi.