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jeudi 20 mars 2014

Les chaussettes de Thimothina

Pour beaucoup de commentateurs le coeur de Rimbaud signifie le sexe ce qui serait regrette Michael Riffaterre Comme si ce mauvais sujet d'Arthur n'avait imaginé d'emploi à l'obscurité poétique que le sous-entendu obscène et n'avait eu d'autre principe esthétique, et révolutionnaire, que des plaisanteries de potache 

Il faut pourtant relire Un coeur sous la soutane critique encore vive de Rimbaud de ces jeunes années d'enfance perdues dans les devoirs.

Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles
Lumineuses, parfums sains, pubescences d'or,
Font leur remuement calme et prennent leur essor ! Et comme il savourait surtout les sombres choses,

(les poètes de sept ans)

Dans ce texte Un coeur sous la soutane, les odeurs de cuisines vont devenir odeurs sexuelles :

La cuisinière noire, avec ses trous où flamboyaient les braises comme des yeux rouges, laissait échapper, de ses casseroles à minces filets de fumée, une odeur céleste de soupe aux choux et de haricots; et devant elle, aspirant avec ton doux nez l'odeur de ces légumes, regardant ton gros chat avec tes beaux yeux gris, ô Vierge au bol, tu essuyais ton vase! les bandeaux plats et clairs de tes cheveux se collaient pudiquement sur ton front jaune comme le soleil; de tes yeux courait un sillon bleuâtre jusqu'au milieu de ta joue, comme à Santa Teresa! ton nez, plein de l'odeur des haricots, soulevait ses narines délicates; un duvet léger, serpentant sur tes lèvres, ne contribuait pas peu à donner une belle énergie à ton visage; et, à ton menton, brillait un beau signe brun où frissonnaient de beaux poils follets: tes cheveux étaient sagement retenus à ton occiput par des épingles; mais une courte mèche s'en échappait... je cherchai vainement tes seins; tu n'en as pas: tu dédaignes ces ornements mondains: ton coeur est tes seins!... Quand tu te retournas pour frapper de ton pied large ton chat doré, je vis tes omoplates saillant et soulevant ta robe, et je fus percé d'amour, devant le tortillement gracieux des deux arcs prononcés de tes reins!...

Je ne peux résister à évoquer également la métamorphose du gland du jeune séminariste et de son éjaculation :

Miserere! miserere! - Dans mon oeil ouvert délicieusement vers le plafond tombe tout à coup une goutte de saumure, dégouttant d'un jambon planant au-dessus de moi, et, lorsque, tout rouge de honte, réveillé dans ma passion, je baissai mon front, je m'aperçus que je n'avais dans ma main gauche, au lieu d'un chapelet, qu'un biberon brun; - ma mère me l'avait confié l'an passé pour le donner au petit de la mère chose! - De l'oeil que je tendais au plafond découla la saumure amère: - mais, de l'oeil qui te regardait, ô Thimothina, une larme coula, larme d'amour, et larme de douleur!...

nun-moine4

- Ne trouves-tu pas qu'on sent un goût? répétait-elle
- Cela sent encore!...

Dans sa retraite de coton
Dort le zéphyr à douce haleine:
Dans son nid de soie et de laine
Dort le zéphyr au gai menton!


Quand le zéphyr lève son aile
Dans sa retraite de coton,
Quand il court où la fleur l'appelle,
Sa douce haleine sent bien bon!

mercredi 5 mars 2014

Languette sur poire

Casquette,
De moire,
Quéquette
D’ivoire,

Toilette
Très noire,
Paul guette
L’armoire,

Projette
Languette
Sur poire,

S’apprête,
Baguette,
Et foire.


A. R.
Jeune goinfre
Arthur Rimbaud, Album Zutique



Slapp Happy Mr Rainbow 

Casquette de moire,
Quéquette d'ivoire,
Toilette très noire,
Paul guette l'armoire,
Projette languette sur poire,
S'apprête baguette et foire.

His silhouette rancid with diamonds
splinters like a stone in the palm of your hand,
He's rigged with a nebulae's sine qua non a festival of bones on a table of sand.


Casquette de moire,
Quéquette d'ivoire,
Toilette très noire,
Paul guette l'armoire,
Projette languette sur poire,
S'apprête baguette et foire.

He's jerking like an angel on the ladder of crime,
Diluting syrup ditties at the peak of their prime,
He's spun like a ghost in the radio cool?
He's everybody's child but nobody's fool,
He's cool like the breast of a radio ghost,
His name is Mr. Rainbow and tonight he's your host.

Projette languette sur poire,
S'apprête baguette et foire.



dimanche 10 mars 2013

Enjambement

L'enjambement est un procédé poétique marquant le débordement syntaxique d’un vers sur le vers. Il peut être accentué par le rejet, élément bref isolé par une coupe marquée, au début de vers 2.

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse

Le très jeune Arthur Rimbaud a 15 ans il rend compte dans ses premiers poèmes de ses premiers émois, fuguaces et libres comme une fugue de Charleville à Charlerois. Les cahiers de Douai
 
Les baisers s'égrènent Première soirée adolecent timide, la maline et Nina femme est manipulatrice, il a vu la déchéance de Vénus et enfin Au cabaret Vert, l'adolescent a finit sa mue et son voyage, des sens il passe à la chair, de la sensualité il passe à l'érotisme.

Au cabaret vert, cinq heures du soir
 
Depuis huit jours j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandais des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Je suis seul à lire gousse et d'être autant excité par cette opulence de beurre et de jambon rose.
J'aurais l'outrecuidance de conseiller à Fabrice Luchini de marquer un petit temps entre gousse et ail pour rendre compte de la canaillerie de ce gamin génial.

Rimbaud peut continuer sa route, à pied mais libre dans ses enjambements.

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

mercredi 15 août 2012

La guerre des blasons

Albert Mérat est un poète connu aujourd'hui pour une parodie de son oeuvre l'idole écrite en 1869. Il était même vexé "que Verlaine et Rimbaud l’aient ridiculisé dès le début du cahier Zudique en parodiant son recueil de sonnets, L’Idole, par leur Sonnet du Trou du Cul. Il s’était à tel point fâché qu’il avait refusé de figurer auprès de ces deux poètes-voyous dans le tableau de Fantin-Latour, le Coin de table" Rimbaud Zutique. 

Le sonnet du trou du cul est créé par les deux plus fameux iconoclates en pleine fièvre suivant la commune de Paris. Ecrite en octobre 1871 ou en 1872 le sonnet fait parti de l'album Zutique.

C'est l'olive pâmée, et la flûte caline ;
C'est le tube où descend la céleste praline

Ces vers de Rimbaud (les quatrains sont de Verlaines et les tercets de Rimbaud) illustre sa vision révolutionnaire de l'obscénité et de la pornographie. La poésie de Mérat révèle l'auto-censure de cette fin de siècle bourgeoise qu'il faut combattre. Pour Rimbaud la poésie doit être subversive.

Le dernier sonnet de l'idole a-t-il était censuré par l'éditeur et le sonnet du cul a-t-il était remplacé par un avant et un dernier sonnet ou bien l'auteur a-t-il voulu rester dans un érotisme du non dit, laissant sa lectrice imaginer le reste.

Cette guerre des blasons n'est pas nouvelle. En 1530 à la suite des premiers Blason anatomique du corp féminin de Marot dont le blason du beau tétin, la guerre fit rage avec ceux qui firent des blasons de l'intimité féminine. Dont Eustorg de Beaulieu a qui on attribua le blason Le cul.

Revenons à l'idole de Mérat et son érotisme doux, à ces baisers sur tout le corps d'une femme excepté le cul et le sexe. S'il n'a pû faire son sonnet sur le cul féminin (si ce n'est l'avant dernier), chaque poème claque comme un hommage au mont de Vénus.

LE SONNET DE LA BOUCHE
Ô lèvres, fleurs de sang qu’épanouit le rire,
Frais calice du souffle et rose du baiser,
Où, malgré moi, revient mon rêve se poser,
Si douces que les mots ne peuvent pas le dire,

Lèvres, coupes d’amour après qui l’on aspire,
Désireux de l’ivresse et craignant d’y puiser ;
Le buveur délicat a peur de vous briser,
Et lentement avec extase vous attire.

Je veux tarir ma soif à vos calices clairs ;
À votre humide bord irradié d’éclairs
Je boirai comme on boit à l’eau d’une fontaine.

Versez-moi la caresse, irritante douceur,
Ô lèvres ! souvenir, espérance lointaine,
Dont je veux mordre encor la fragile épaisseur !


LE SONNET DE L’OREILLE
C’est la volute et c’est la conque ; c’est la chair
Devenue arabesque avec son ourlet clair
Où préside une loi d’harmonie ancienne ;


LE SONNET DU VENTRE
Au milieu, sur le fond de blancheur précieuse,
Le nombril, conque rose et corolle aux plis clairs,
Entr’ouvre son regard de fleur silencieuse.


LE SONNET DE LA JAMBE
Comme pâlit la joue au baiser de l’amant,
Une invisible lèvre a touché la peau rose

(...)
Voici qu’un peu plus haut le divin gonflement
De la chair semble un marbre où la sève est enclose.


LE SONNET DU PIED
Peureux, lorsque ma lèvre amoureuse vous touche,
Je crois sentir trembler, au souffle de ma bouche,
Des oiseaux retenus captifs loin de l’azur.


LE SONNET DE LA NUQUE
Et ma bouche osera baiser l’éclat vermeil
Des minces cheveux fous brodés par le soleil,
Dont la confusion étincelante brille.


LE SONNET DES ÉPAULES
Une ombre d’or que font des duvets et des mousses
À l’aisselle en finit l’épanouissement ;