mercredi 13 mars 2013

Les similitudes

Les tentures se soulevèrent et les étranges beautés qui se pressaient derrière le rideau s’avancèrent vers moi, les unes à la suite des autres.
Ce furent d’abord des tiédeurs vagues, des vapeurs mourantes d’héliotrope et d’iris, de verveine et de réséda qui me pénétrèrent avec ce charme si bizarrement plaintif des ciels nébuleux d’automne, des blancheurs phosphoriques des lunes dans leur plein, et des femmes aux figures indécises, aux contours flottants, aux cheveux d’un blond de cendre, au teint rosé bleuâtre des hortensias, aux jupes irisées de lueurs qui s’effacent, s’avancèrent, tout embaumées, et se fondirent dans ces teintes dolentes des vieilles soies, dans ces relents apaisés et comme assoupis des vieilles poudres enfermées, durant de longues années, loin du jour, dans les tiroirs de commodes à ventre.

Puis la vision s’envola et une odeur fine de bergamote et de frangipane, de moos-rose et de chypre, de maréchale et de foin qui traînait çà et là, mettant comme une de ces touches sensuelles de Fragonard, un papillotage de rose dans ce concert de fadeurs exquises, jaillit, pimpante, énamourée, cheveux poudrés de neige, yeux caressants et lutins, grands falbalas couleur d’azur et de fleur de pêcher, puis s’effaça peu à peu et s’évanouit complètement.

A la maréchale, au foin, à l’héliotrope, à l’iris, à toute cette palette de nuances lascives ou calmées, succédèrent des tons plus vifs, des couleurs enhardies, des odeurs fortes : le santal, le havane, le magnolia, les parfums des créoles et des noires.

Après les fluides légers, les glacis vaporeux, les senteurs caressantes et ensommeillées ; après les roses affaiblis et les bleus mourants, après les surjets de couleurs et les réveillons des tropiques, crièrent bêtement les rabâcheries vulgaires : lourdeur des ocres, pesanteur des gros verts, épaisseur des bruns, tristesse des gris, bleuissement noir des ardoises ; et de lourds effluves de seringat, de jacinthe, de portugal, rirent de toute leùr face béatement radieuse, de toute leur face de beautés banales aux cheveux noirs et pommadés, aux joues laquées de rouge et plâtrées de talc, aux jupes tombant sans grâce, le long de corps veules et gras. Puis vinrent des apparitions spectrales, des enfantements de cauchemars, des hantises d’hallucination, se détachant sur des fonds impétueux, sur des fonds de vert-de-gris sulfuré, nageant dans des brumes de pistache, dans des bleus de phosphore, des beautés affolées et mornes, trempant leurs appas étranges dans la sourde tristesse des violets, dans l’amertume brûlante des orangés, des femmes d’Edgar Poe et de Baudelaire, des poses tourmentées, des lèvres cruellement saignantes, des yeux battus, par d’ardentes nostalgies, agrandis par des joies surhumaines, des Gorgones, des Titanides, des femmes extra-terrestres, laissant couler de leurs jupes fastueuses des parfums innommés, des souffles d’alanguissement et de fureur qui serrent les tempes, déroutent et culbutent la raison mieux que la vapeur des chanvres, des figures du grand maître moderne, d’Eugène Delacroix.

Ces évocations d’un autre monde, ces embrasements sauvages, ces tonalités crépusculaires, ces émanations surexcitées disparurent à leur tour et un hallali de couleurs éclata, prestigieux, inouï.

Un ruissellement d’étincelles de pourpre, une fanfare de senteurs décuplées et portées à leur densité suprême, une marche triomphale, un éblouissement d’apothéose parurent dans le cadre de la porte et des filles étalant sur leurs jupes somptueuses toute la fougue, toute la magnificence, toute l’exaltation des rouges, depuis le sang carminé des laques jusqu’aux flambes du capucine, jusqu’aux splendeurs glorieuses des saturnes et des cinabres, tout le faste, tout le rutilement, tout l’éclat des jaunes, depuis les chrômes pâlis jusqu’aux gommes-guttes, aux jaunes de mars, aux ocres d’or, aux cadmium, s’avancèrent, chairs purpurines et débordées, crinières rousses et sablées de poudre d’or, lèvres voraces, yeux en braises, soufflant des haleines furieuses de patchouli et d’ambre, de musc et d’opopanax, des haleines terrifiantes, des lourdeurs de serres chaudes, des allégro, des cris, des autodafés, des fournaises de rouge et de jaune, des incendies de couleurs et de parfums.

Puis tout s’effaça, et alors les couleurs primordiales : le jaune, le rouge, le bleu, les parfums pères des odeurs composées : le muse-tonkin, la tubéreuse, l’ambre, parurent et s’unirent devant moi en un long baiser.

A mesure que les lèvres se touchaient, les tons faiblissaient, les senteurs se mouraient ; comme les phénix qui renaissent de leurs cendres, ils allaient revivre sous une autre forme, sous la forme des teintes dérivées, des parfums originaires.

Au rouge et au jaune succéda l’orange ; au jaune et au bleu, le vert ; au rose et au bleu, le violet ; les non-couleurs même, le noir et le blanc parurent à leur tour et de leurs bras enlacés tomba lourdement la couleur grise, une grosse pataude qu’un baiser rapide du bleu dégrossit et affina en une Cydalise rêveuse : la teinte de gris-perle.

Et de même que les tons se fondaient et renaissaient différents, les essences se mêlèrent, perdant leur origine propre, se transformant suivant la vivacité ou la langueur des caresses en des descendances multiples ou rares : maréchale, à base de musc, d’ambre, de tubéreuse, de cassie, de jasmin et d’orange ; frangipane extraite de la bergamote et de la vanille, du safran et des baumes de musc et d’ambre ; jockey-club issu de l’accouplement de la tubéreuse et de l’orange, de la mousseline et de l’iris, de la lavande et du miel.

Et d’autres... d’autres... nuances du lilas et du soufre, du saumon et du brun pâle, des laques et des cobalts verts, d’autres... d’autres... le bouquet, la mousseline, le nard, éclataient et fumaient à l’infini, claires, foncées, subtiles, lourdes.
..........................................

Je me réveillai — plus rien. — Seule, au pied de mon lit, Icarée, ma chatte, avait relevé son cuissot de droite et léchait avec sa langue de rose sa robe de poils roux.

Joris Karl Huysmans
Les similitudes
A Théodore Hannon
Croquis parisien 1880

Bel ami et l'androgyne

Je vous ai proposé Ma source ce matin. Je vous propose les délicieuses chutes des Lettres de Guy de Maupassant à Gisèle d'Estoc en 1881 année de leur rencontre. Quand au lien entre Ma source et Gisèle une lettre parlerait de cette douce faveur que votre ardeur réclame.
Je vous baise les pieds... et les lèvres... et je m'arrête longtemps entre les deux extrêmes.1881
Mille caresses sur... toutes tes lèvres. 1881
Mille baisers. La moitié dans le département Bourget (tête), l'autre moitié dans le département Maupassant (c...). 1881
Mille baisers partout, aux extrémités, sur les pointes et dans les creux. 1881
Adieu ma belle amie, je vous embrasse dans tous les coins et cavités. 1881

Adieu ma belle amie, je vous embrasse en toutes vos ouvertures ! 1883
Gisèle d'Estoc reste un mystère. Elle avait 17 ans quand elle rencontre Guy de Maupassant. Quant au Cahier d'Amour, où Gisèle d'Estoc fait le récit de sa liaison avec l'écrivain, ce texte, publié deux fois par Pierre Borel, demeure suspect, le manuscrit original ayant disparu. Correspondance

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dimanche 10 mars 2013

Kugelrunda : Rondement cunni

Impressionnantes aquarelles d'un artiste anonyme tchèque selon le fascicule Kugelrunda publié en Allemagne.

The book features 32 plates after watercolors of erotic art by an unknown Czech artist, circa 1920. The images consist primarily of mature corpulent women in explicit poses and/or engage in sexual conduct. Also includes a one-page preface with TEXT IN GERMAN. Touch of rubbing to portions of the illustrated card wrapper's edges, but an otherwise as new book.
Riverso me propose la traduction de Kugelrunda par ronde comme un ballon, (ce terme doit être attribué aux femmes enceintes on trouve des photos de ventres de femmes enceintes) et par grassouillette.

J'ai découverts cette oeuvre chez au carrefour de l'étrange qui souligne l'influence que peut avoir eu cette oeuvre sur Namio Harukawa.

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J'aurais pu intituler ce billet le sourire des femmes rondes.
On trouve une peinture où la femme ne sourit pas

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Scène de viol classique dans l'histoire de la peinture Rubens le viol des filles de Leucippe par exemple ou Titien le viol de lucrèce, ou la même scène par Tintoret.

Les femmes rondes souriantes comme chez Namio Harukawa répondent à cette violence masculine.

Enjambement

L'enjambement est un procédé poétique marquant le débordement syntaxique d’un vers sur le vers. Il peut être accentué par le rejet, élément bref isolé par une coupe marquée, au début de vers 2.

Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse

Le très jeune Arthur Rimbaud a 15 ans il rend compte dans ses premiers poèmes de ses premiers émois, fuguaces et libres comme une fugue de Charleville à Charlerois. Les cahiers de Douai
 
Les baisers s'égrènent Première soirée adolecent timide, la maline et Nina femme est manipulatrice, il a vu la déchéance de Vénus et enfin Au cabaret Vert, l'adolescent a finit sa mue et son voyage, des sens il passe à la chair, de la sensualité il passe à l'érotisme.

Au cabaret vert, cinq heures du soir
 
Depuis huit jours j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandais des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

Je suis seul à lire gousse et d'être autant excité par cette opulence de beurre et de jambon rose.
J'aurais l'outrecuidance de conseiller à Fabrice Luchini de marquer un petit temps entre gousse et ail pour rendre compte de la canaillerie de ce gamin génial.

Rimbaud peut continuer sa route, à pied mais libre dans ses enjambements.

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

samedi 9 mars 2013

Péché Vé-Miel

Tes lèvres intimes, tes lèvres ultimes,
Ouvrant le buisson à d'autres chansons
Aiment qu'on les goutent, offre-toi bien toutes
Je suis une abeille avide du miel tes lèvres
du miel sur tes lèvres, liqueur sans pareil
et péché vé-miel

Péché-Vé-miel

Pierre Louki

Vers Bissextil

vendredi 8 mars 2013

Quand au temple nous serons

Quand au temple nous serons
Agenouillés, nous ferons
Les dévots selon la guise
De ceux qui pour louer Dieu
Humbles se courbent au lieu
Le plus secret de l'église.

Mais quand au lit nous serons
Entrelacés, nous ferons
Les lascifs selon les guises
Des amants qui librement
Pratiquent folâtrement
Dans les draps cent mignardises.

Pourquoi donque, quand je veux
Ou mordre tes beaux cheveux,
Ou baiser ta bouche aimée,
Ou toucher à ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ?

Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux,
Ta joue et ta bouche belle ?
En veux-tu baiser Pluton
Là-bas, après que Charon
T'aura mise en sa nacelle ?

Après ton dernier trépas,
Grêle, tu n'auras là-bas
Qu'une bouchette blêmie ;
Et quand mort, je te verrais
Aux Ombres je n'avouerais
Que jadis tu fus m'amie.

Ton test n'aura plus de peau,
Ni ton visage si beau
N'aura veines ni artères :
Tu n'auras plus que les dents
Telles qu'on les voit dedans
Les têtes des cimeteres.

Donque, tandis que tu vis,
Change, maîtresse, d'avis,
Et ne m'épargne ta bouche :
Incontinent tu mourras,
Lors tu te repentiras
De m'avoir été farouche.

Ah, je meurs ! Ah, baise-moi !
Ah, maîtresse, approche-toi !
Tu fuis comme faon qui tremble.
Au moins souffre que ma main
S'ébatte un peu dans ton sein,
Ou plus bas, si bon te semble.

Pierre de Ronsard

J'avais une version de Desproges excellente mais plus de trace sur internet (elle est devenu privé- fuck) celle de Perret est chevrotante, il reste l'interprétation de Guy Béart et celle de Léo Ferré.

Elle est de nouveau disponible.




jeudi 7 mars 2013

Le combat de Laïs et Philante

Un jour le dieu Amour résolu de soumettre à son pouvoir le monde de Pan. Pan désigne Philante le satyre pour le combat face à Laïs championne du dieu Amour. Le combat durera 15 jours au bout duquel Philante s'évanouit et Pan s'avoue vaincu.

Ce poème de la fin du XVI siècle intitulé la bouquinade est attribué à Pierre de Ronsard.

Ci dessous les vers décrivant la belle Laïs

Un ventre aboutissant en un petit gazon,
Mollement duveté d'une blonde toison,
Dont les menus filets, agencés en pantière*.
De tous Vits passagers arrêtaient la Carrière ;
La cime de ce mont, chaude, se départait
En deux bords rougissans, entre lesquels flottait
Un empoix écumeux, dont la liqueur gluante
Avait de mille Vits noyé la soif ardante ;
Deux cuisses rejoignaient cet amoureux ruisseau
Qui, brusques, maniaient celui qui de cet eau
Voulait goûter le miel.
*filets d'oiseleur

Vous pouvez retrouver ce poème chez Poésie érotique.