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jeudi 10 juin 2021

Tête triste

Viens ici, tête triste, lèche moi. Aussitôt je m'enfouis en elle et j'adore. En même temps mémoire de la figure sombre de l'un des rois dans l'Adoration de Poussin, air grave, tête sévère et triste, oui, comme si sur elle retentissait l'angoisse du destin de cette belle chair enfantine montrée là. L'annonce aussi du scandale inscrit dans le pur corps exposé là. Donc j'adorais et adorant, la tête triste plantée en elle par la langue et par les dents je me souvenais du chagriné visage du roi adorateur de Poussin sur quoi se reflète le destin de l'Agneau. Agnus Dei. Te semper adorabo in excelsis et profundis. Et sicut Lola vincit me adorabo carnem tuam et in profundis urinam.

(...)

Mais vous êtes le seul à les voir, ces gouffres, monsieur le sale, où nous ne voyons qu'un corps de cochonne à quoi s'agrippe un malade ! Vous n'auriez pas tort, chers censeurs, si vous viviez dans le même tableau que moi.

Passage de l'ombre Jacques Chessex


Je me sens obligé d'illustrer ce texte avec la fille au bas blanc de Gustave Courbet le tableau dans lequel je vis. Et vous dans quel tableau vivez-vous?


Pour le coté adoration cette sculpture de Fritz Klimsch




mardi 29 septembre 2015

J'ai passé des milliers d'heures à ouvrir des jambes fraîches

C'est pour lire ce palimpseste, pour le revoir en moi,  dans ma mémoire, dans mes rêves,  que j'ai passé des milliers d'heures à ouvrir des jambes fraîches.

L'image serait incomplète si elle ne s'augmentait du jeu de la bouche, de la langue, des lèvres aux lèvres et aux sucs ouverts là. M'enfouir, mieux encore par le souffle et par la salive heureuse. Et fouiller. Fouir. De vieux mots. Je vois le cochon  creuser du groin noir où la truffe répand son odeur. Quelqu'un  tremble et crie. L'odeur est encore miel âcre, thym chauffé à l'air d'été, remugle de mer ; et parfois précis, entêtant jusqu'au vertige

Monsieur de Jacques Chessex

Elle s'appelait Léa. La nuit, le jour, Fribourg bruissait autour de nous et m'envahissait de son secret multiple. Catholica urbs per excellentiam! Et le bourdonnement des messes avec leurs chants m'envoûtait , et l'odeur de l'encens froid à l'aube dans l'église où Léa m'entraînait répondait à l'odeur entre ses cuisses toute la nuit. L'encens avec sa persistance d'Orient sucré et de parenté sexuelle qui m'attirait.

Elle se mettait nue et disait :
- Viens respirer, viens sentir la bonne odeur entre les jambes de Léa. Colle ton visage à mon con, petit, et respire les parfums de ta maitresse. (...)

J'ai mangé l'odeur catholique de Léa. J'ai dévoré des odeurs protestantes, des odeurs hérétiques, des odeurs arabes, des odeurs sectaires. Un long temps j'ai accédé à l'odeur inspirée et spirituelle. Une seule fois à l'odeur américaine.


Monsieur

Elle s'est assise au bord du lit, les jambes serrées, tout de suite (évidemment) les jambes ouvertes, comme au Barën la première fois, elle me regarde.

- A genoux, Vincent. Là. Devant moi.

Morgane je ne sais rien de toi (...) Vous vous ouvrez et je vous regarde. Vous vous êtes lentement ouvertes et je vous regarde, je dévisage la splendeur rose, j'approche mon visage entre vos cuisses, j'approche, je dépose un baiser dans l’entrebâillement du sexe et vous pressez doucement ma tête en vous et vous appuyer et je palpe ma bouche en vous et ma langue fouille en vous et votre ventre se tend et vibre et palpite contre mon front, et vos cuisses sont fraîches à mes tempes, et ma main qui presse votre dos remonte vers le creux des reins tièdes et moites.

Morgane madrigal

Il y a l'autre bouche de nuit sous ses lèvres souples et brûlantes. Sa salive est plus épaisse, un  suc, un lait dans les plis, la douceur de ce lait baigne tendrement cette bouche lisse et rose au centre des colonnes satinées, sous les boucles et les moelleuses babines. Elle est secrète, on la caresse, elle pleure, on l'ouvre, on la tient fermée sous les lèvres

Carabas 

Un moment, comme j'enduisais ces lieux de salive, les mots du cardinal Journet me traversèrent l'âme. "On peut baver sur des splendeurs".
Jonas 

— Jonathan ! Jonathan ! Alors tu es sourd Jonathan !

C’est la voix de Mlle Eva. Celle qui est blanche, les poils noirs, on lui voit tout dans la fente.

— J’arrive, j’arrive (pardonnez-moi de vous abandonner, je vous rejoins à l’instant), je cours à vous mademoiselle Eva. Je suis déjà à vos genoux !

Et à vos genoux, c’est bien dire. Quand je suis auprès de Mlle Eva je dois toujours m’agenouiller et la servir pour des petites choses, coller un sparadrap sur la cuisse, à l’intérieur, où c’est lisse, étancher le sang d’une griffure, presser un bouton sur sa hanche. Donc je suis à genoux, Mlle Eva est assise les jambes ouvertes au bord du lit au-dessus de moi, elle halète déjà, on voit la fente noire et rose qui se met à luire entre les cuisses blanches.

Voilà j’ai fini mon service auprès de Mlle Eva, je reviens, je vous retrouve avec plaisir. Permettez seulement que je me rince la bouche et que je me savonne les doigts. Si vous n’étiez pas là, je ne le ferais pas. J’aime bien garder l’odeur sur moi. Voilà. Voilà.


Le portier 

L'imagination est la rosée du réel. Il y avait une fois un garçon qui connaissais mieux son bien depuis  l'instant, dans la partie la plus secrète d'un jardin, où il s'était immergé dans le respirable.

Monsieur

Illustration : May den Engelsen

Les quatre lèvres

Les quatre lèvres est un poème de Jacques Chessex, poète et écrivain.
Les illustrations japonaises viennent d'un lien avec le cabinotier qui nous propose ses billets quotidiens depuis tant d'années.

J'ai laissé le mensonger laurier
J'ai aimé les quatre lèvres plus que ses pièges
J'ai tenu aux quatre lèvres
Plus qu'à la renommée aux dix mille bouches
 

J'ai laissé le laurier aux impatients
Avec zèle j'ai cultivé les quatre lèvres
pour la joie de ma bouche et de mes lèvres
Pour la forme de mes mains et de mes doigts
Avec patience et pratiquement
J'ai cultivé leur hospitalité
J'ai étudié leurs mœurs j'ai choyé
J'ai révéré leur volonté





J'ai cultivé les quatre lèvres
Comme on aime la voix des anges
J'ai aimé leur forme et leur parfum
comme on chante avec les anges


J'ai bu à leur rosée céleste et terrestre
Si les anges annoncent l'autre monde
dans ce monde
J'ai bu à la pluie céleste avec leur eau
J'ai touché l'herbe d'ailleurs
J'ai caressé la rive du ciel à leur peau
Pour leur seule gloire

j'ai laissé la gloire de l'heure

J'ai tenu aux quatre lèvres plus qu'à ces leurres
Leur lait venait de plus loin en elles

que toute leur
Bouche
Leur odeur plus douce en elles que la
Caverne
En elles je mangeais le fruit de l'Arbre

et je ne le mangeais pas
Et ma faim sans répit renaissait

de ce repas
Ma soif s'avivait de se rassasier à leurs appas
En elles je ne mangeais pas le fruit à mesure

que je le mangeais
Je le voulais comme au
Jardin

le sachant fruit plus secret 0 lèvres dans le suc des siècles me fuyant






Et je les chérissais les quatre ensemble

les louant
Dans ma bouche de poète et dans ma bouche aussi

de mourant
Si l'ange en pulpe en peau moirée
Toujours luit de ses seules larmes sous son
Ombre