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mardi 4 juillet 2017

La femme damnée

Vous est-il arrivé, comme à moi, de tomber dans de grandes mélancolies, après avoir passé de longues heures à feuilleter des estampes libertines ? Vous êtes-vous demandé la raison du charme qu’on trouve parfois à fouiller ces annales de la luxure, enfouies dans les bibliothèques ou perdues dans les cartons des marchands, et parfois aussi de la mauvaise humeur qu’elles vous donnent ? Plaisir et douleur mêlés, amertume dont la lèvre a toujours soif ! — Le plaisir est de voir représenté sous toutes ses formes le sentiment le plus important de la nature, — et la colère, de le trouver souvent si mal imité ou si sottement calomnié.

Charles Baudelaire
Salon 1846


La tentation de Saint Hilarion, 1851
 

La Femme Damnée, 1859 
Nicolas Francois Octave Tassaert
 

lundi 18 février 2013

Billet d'humeur

En redécouvrant cette photo de Ruslan Lobanov j'ai pensé

pointscommuns

Je hume, Je respire et je voulais connaitre tous les mots désignant le sens de l'odorat et il y a eu Baudelaire, la chevelure

Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure!
Ô boucles! Ô parfum chargé de nonchaloir!
Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormant dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!

La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique!
Comme d'autres esprits voguent sur la musique,
Le mien, ô mon amour! nage sur ton parfum.

J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève!
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:

Un port retentissant où mon âme peut boire
À grands flots le parfum, le son et la couleur
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.

Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse,
Infinis bercements du loisir embaumé!

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.

Longtemps! toujours! ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde!
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir?


— Charles Baudelaire

samedi 16 janvier 2010

Shu qi : les lèvres de baudelaire

Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,
Je crois boire un vin de bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D’étoiles mon coeur!      

Charles Baudelaire, le serpent qui danse

Pourquoi lorsque l'on voit Shu Qi à l'écran nous sommes subjugué ? Pourquoi évoque-t-elle le serpent qui danse de Baudelaire ?




Shu Qi a de ces fines grossiéretés : entre mille petits détails, ses lèvres ; elles sont si rosement pulpées, si délicatement volumineuses qu’elles débordent vers le petit cœur au-dessus, celui qui touche au bout de son nez, de sa truffe [5] ; elles débordent même, croirait-on, sur la naissance de ses joues (cela était fascinant dans Millenium Mambo où les deux heures du film s’écoulaient tout contre la bouche de Shu Qi). En un sens, son visage entier est lèvres, petites lèvres et grandes lèvres, et sa bouche appelle irrésistiblement un désir de fellation (ou beaucoup plus) ; l’obscénité de Shu Qi, si palpable, est en fait toute en obliques, en suavités indirectes. D’où ce constat, si essentiel : son extrême beauté tient tout autant de la « part putain » [6] de Prigent que de « l’idole immortelle » de Baudelaire. 
« La belle d’abandon » [7] (filmée par Hou) a la grâce de fondre en une même bouffée charnelle ce que la modernité a pour culture d’opposer : l’obscénité et la délicatesse.

Le texte ci dessus est extrait d'un article de Stéphanie Eligert sur remue.net.

La fin est délicieuse on sent le désir chez celle qui écrit : Dire Shu Qi : sentir la petite grâce truffée de ce « shu », si mignon à prononcer parce qu’il s’articule tout doucement et très vite, « au bord des dents » [9], avec une sorte de minutie souffleuse. Cela cerne encore une autre pornographie de Shu Qi, celle qui s’écoule, avant même qu’on la regarde, du chuintement liquide de son nom.

Shu Qi dans toute sa dualité dans ces 2 extraits ...






et notamment Three Times de Hou Hsiao-Hsien


Et le transporteur, alors. Oui j'oubliais, qu'est-ce qu'il en fait Besson de ces lèvres... il les bâillonne.